Vélo et obésité : compatibles ?
#Velobesite

Je suis obèse depuis très longtemps. A présent jeune senior, un constat s'impose : les deux seules périodes de ma vie où j'ai, soit stabilisé, soit diminué la surcharge pondérale sont celles où j'ai pratiqué le vélo. Régulièrement.

Je vais donc vous faire part de mon "expérience" perso. Je souligne le mot "perso" car la situation de chacun varie : contexte, santé... Mais si ça peut aider certain.e.s à sauter le pas, déroulez le fil qui suit !

(1/n)

La première de ces périodes de stabilisation/diminution du poids fut l'adolescence. A l'époque j'avais de la chance parce que mon père vendait des pneus 2-roues et vélos, connaissait grossistes et détaillants, je recevais donc de temps en temps des vélos toujours plus attractifs pour que je reste actif et non happé par l'ordinateur ou la console. Bien sûr, les vacances d'été étaient les plus propices et la présence d'1 piste cyclable forestière devant la maison n'y était pas étrangère.

(2/n)

Le 1er, j'en avais longtemps rêvé : 1 Motobécane MX-30 orange fluo avec cantilever. Une horreur en termes d'efficacité puisque la moitié de l'énergie de pédalage s'évaporait dans la suspension, mais c'était hyper confortable dans les trous & bosses des chemins et je battais les copains qui avaient des non-suspendus.
Vint ensuite 1 "course", bleu, de chez Ginet.
Puis 1 Vélover Motobécane, que je n'aimais pas car trop voyant, surtout avec moi dessus... Et enfin 1 VTT MBK que j'ai toujours.

(3/n)

Ce VTT, je sentais bien que je le martyrisais avec mes plus de 110 kg, je ne lui épargnais rien. Le seul changement : une selle "large" et suspendue car, oui, quand on a 1 bassin hors norme, il faut ça.
C'est la 1ère chose car si le mal aux fesses est insupportable, il vient encore + vite avec le surpoids.
Bref, ce VTT "tout d'origine" a tenu le coup malgré les quelques kilos en plus par rapport aux préconisations du constructeur, sans rien faire, sans y apporter un soin particulier.

(4/n)

Vint ensuite une période de 20 ans avec seulement du vélo pendant les vacances d'été, pour quelques promenades. Avec le travail, le stress, les soucis (gros soucis, sans jeu de mots), la surcharge pondérale est allée croissant. Jusqu'à devenir morbide, et même plus. Jusqu'à ce qu'un ménisque déclare forfait.
Je n'évoquerai pas ici le versant médical, ça n'intéresse que moi. Ce que j'ai essayé de faire est plus intéressant.
Dans une telle situation, je pensais être dans une impasse.

(5/n)

Pas possible de marcher beaucoup, longtemps, à bon rythme. La nage, que j'adore ? Le regard des autres à la piscine ; pas possible.
Qu'est-ce que j'ai toujours aimé faire ? Du vélo ! Non seulement ce serait bon pour mon genou car activité physique portée, mais aussi pour mon embonpoint.
Mais comment trouver un vélo apte à me porter et compatible avec mes moyens financiers ? Et comment faire vu que j'habite sur une colline ?
C'est là que j'ai envisagé le vélo électrique.

(6/n)

C'était en 2019. Il y avait 1 promo sur un VTT à assistance élec dans une chaîne de grands magasins spécialisés. Je suis allé le voir et suis tombé sur 1 responsable de rayon super. Le VTT en question était préconisé pour un poids du cycliste maxi de 100 kg. Problème : j'en faisais... 60 de plus. Il m'a dit : "pas de souci. Je vais vous tendre tout ça" (je pense qu'il parlait des rayons), juste, évitez les chocs : ne descendez pas du trottoir sur votre vélo par exemple".

(7/n)

Il me l'a ensuite laissé pour que j'aille l'essayer autour du magasin. Ca a été une révélation ! Enfin je pouvais envisager de refaire du vélo sans traumatisme pour le corps. Et en dosant l'effort que je voulais/pouvais fournir. Et en descendant/remontant ma colline à l'envi (si j'avais habité ailleurs en ville, j'aurais plutôt repris mon VTT normal à vitesses, mais là, la surcharge pondérale était telle que c'était inenvisageable).

(8/n)

J'ai suivi les préconisations du vendeur, sans souci. Puis il y a eu la Covid et d'autres soucis de santé importants. Nouvelle période de sédentarité, imposée cette fois.
Augmentation de la surcharge pondérale.
J'ai fini par reprendre le vélo pour la balade pendant les vacances d'été 2021. C'était génial. Je pouvais aller assez loin, fournir un effort en le dosant pour préserver le corps, simplement en jouant sur les niveaux d'assistance électrique du vélo.

(9/n)

A la rentrée, ce fut décidé : je ferais du vélotaf les jours où ce serait possible. J'achetai des sacoches et 1 porte-bagages pour emporter le bardas. Je prenais le plus court trajet, 5,5 km aller, impliquant de passer par une grande montée ou descente où une coronapiste avait été aménagée à contresens, en prenant sur une voie montante pour les véhicules à moteur.
Tout allait bien, je surveillais la pression de mes pneus comme le lait sur le feu, c'est là le 2ème point important.

(10/n)

Quand on est (très) gros à vélo, toujours avoir des pneus bien gonflés, à la limite de la pression maxi admise.

Puis ce fut l'incident.
En descendant à bonne allure la pente à 14 % à contresens des voitures, j'arrivai en bas et une détonation se fit entendre. J'avais crevé, pensais-je. Ce fut la chute. Il s'avéra par la suite que la chambre à air avait "pincé" au niveau de la valve.
Si c'était arrivé 200 mètres plus haut, je me serais pris une voiture et ne serais donc plus de ce monde.

(11/n)

Rendez-vous fut pris chez 1 vélociste de quartier, avec le diagnostic que j'ai indiqué. La roue avant n'était que légèrement voilée. Quelques rayons furent changés, les autres re-tendus. Ce vélo roule toujours impeccablement aujourd'hui. Mais je le trouvais trop peu maniable en ville, parce que je l'avais pris avec un cadre trop grand ce qui m'avait valu des situations délicates.
Ayant essayé un "petit" cargo "midtail" chez ledit vélociste, ce fut le coup de foudre immédiat.

(12/n)

Ce vélo porte jusqu'à 170 kg en principe. Je dépasse ça aujourd'hui encore avec le contenu des sacoches, mais je me sens en parfaite sécurité, avant tout parce qu'avec des petites roues, il se manie comme un kart. En ville c'est précieux. Je vélotaffe régulièrement avec ; je me vélobalade ; il ne bronche pas. C'est vraiment celui qu'il me fallait.
C'est le 3ème point important : essayer différents types de vélos et déterminer lequel convient le mieux à l'usage.

(13/n)

La prime à l'achat de VAE proposée par la Métropole de Lyon a fait le reste : ça a rendu cet achat possible (aujourd'hui ça ne le serait plus, le prix du même modèle a grimpé en flèche, c'est hallucinant).

Aujourd'hui, constat : j'ai déjà perdu plus de 30 kg. Pas uniquement à cause du vélo bien sûr, mais chaque fois que je pédale moins, la perte de poids est moins forte.

Le vélo, si vous aimez, est un moyen idéal, en fait, pour accompagner une perte de poids par de l'activité physique.

(14/n)

Si vous vivez dans 1 endroit où les côtes vous paraissent gérables sans finir en apoplexie arrivé en haut, prenez un vélo avec suffisamment de "vitesses" (je l'écris comme ça). 6 minimum.

Si vous vivez dans 1 endroit vallonné ou avec des côtes + sérieuses, envisagez l'électrique. Si la surcharge pondérale est énorme comme la mienne, visez un moteur avec un couple de 40 Nm minimum. Il y en a chez Intersport ou Décathlon à environ 1200 euros neufs, moins en cas de promo ou reconditionnés.

(15/n)

D'expérience, 40 Nm, c'est le minimum pour arriver en haut d'une côte de 14 %, avec 170 kg sur le vélo, certes en forçant un peu, mais raisonnablement.

Electrique ou pas, et c'est le 4ème point important : les "vitesses", c'est ce qui vous permettra de doser votre effort.

Autre élément : la durabilité. Pour 1 vélo "normal" (musculaire, acoustique, comme vous voulez...), pas de souci. On trouve toujours des pièces de remplacement.

(16/n)

Pour 1 vélo électrique en revanche, il faut être attentif à la pérennité du fabricant, et surtout du fabricant du moteur et de la batterie. Sinon vous courez le risque de vous retrouver, quelques années après l'achat, avec 1 vélo utilisable en musculaire, mais plus en électrique, faute de trouver 1 batterie de rechange ou des composants du moteur qui auraient besoin d'être remplacés.

C'est pour ça que j'ai évité l'achat en ligne ou l'achat d'1 modèle au format de batterie spécifique.

(17/n)

Comment doser l'effort ? Oui, c'est 1 point important car on doit déjà se porter soi-même et quand on est obèse, voire super-obèse, c'est pas une... mince affaire !

En électrique : le mode "1" ou Eco compense le poids du vélo. Vous êtes donc comme sur un musculaire. Ne reste plus qu'à "jouer" entre les vitesses (et vous finirez sûrement la côte à 14% sur la plus "petite" vitesse, mais vous arriverez en haut !)

Les modes d'assistance plus élevés vous permettent ensuite de forcer + ou -

(18/n)

Tout est donc dans l'art d'accommoder le mode d'assistance électrique et le bon pignon sur la cassette...

N'écoutez pas ceux qui vous disent que "gros" et "vélo" c'est impossible. Mon cas démontre le contraire, même en dépassant TRES largement le poids admis "en théorie". Un cadre de vélo, c'est TRES solide. Une roue, des pneus, une chambre à air, ça se surveille. Les rayons, ça se fait retendre au moindre doute, au moindre bruit (des petits "clongs").

Cela posé, c'est que du plaisir !

(19/n)

Juste, bien sûr, si vous en êtes arrivé(e) à un niveau de catastrophe pondérale tel que le mien, évitez de faire sur-souffrir votre monture en lui épargnant les descentes de trottoir ou de "bateaux" un peu trop hauts, ou encore les nids de poule trop prononcés, particulièrement sur les voies vertes.
Et si vous avez la chance de pouvoir vous le permettre financièrement, pensez au cargo, ça résoud tout, c'est conçu pour porter du poids.

(20/n)

Si vous ne pouvez pas, visez un vélo (ce sera plutôt un VTT) avec 36 rayons sur la roue AR.

Et dans tous les cas, n'hésitez pas à... CHANGER LA SELLE. Prenez-en une BIEN LARGE et CONFORTABLE. Elle sera déjà suffisamment écrasée, vos ischions vous remercieront. Il y en a une que je conseille particulièrement chez Decathlon, abordable et idéale.

Ah oui, autre chose : les FREINS. C'est important aussi, hein...

(21/n)

@Cinquante_et_1 joli témoignage, bravo pour tes efforts :)
@Cinquante_et_1 Merci pour ce fil, j'espère qu'il sera partagé maintes fois. Votre exemple est bien inspirant, trop de personnes se font toute une montagne de leur contraintes personnelles, alors qu'il existe bien souvent quelques solutions adaptées relativement simples qui permettent de lever ces barrières puis de jouir ensuite d'une activité sans grande contrainte.
Je vous souhaite une bien belle année 2023, sur les routes comme en dehors ;)
@Cinquante_et_1 merci pour votre témoignage
@Cinquante_et_1 Je viens de tomber là-dessus par hasard, c'est intéressant.
Ça pourrait carrément intéresser le Chasse-Goupille, un fanzine de vélo, pour le publier : https://wiklou.org/wiki/Chasse-Goupille_(fanzine)
Chasse-Goupille (fanzine) — Wiklou, le Wiki du Biclou