Par contre arrêtez de dire que la police serait pas « républicaine », ou que les violences policières ce serait un truc récent. 😬

Quand on regarde l’histoire de la police (ou l’armée) sous les différentes républiques, on se rend vite compte que c’est une histoire de violences répétée et systématique contre les pauvres et les Non-blanc·he·s, à toutes les époques.

Juste une poignée d’exemples pas du tout exhaustifs, et rien que depuis la deuxième guerre mondiale :

  • la grande grève des mineurs de 1948. L’armée est appelée contre les grévistes. La répression fait 5 morts, et des milliers de mineurs sont condamnés à des amendes ou des peines de prison par la « Justice »
  • les massacres d’octobre 1961, où la police française a assassiné impunément des centaines d’Algérien·ne·s qui manifestaient pacifiquement
  • les grèves de mai 1967 en Guadeloupe, réprimées dans le sang. La répression par l’armée et la police fait 87 morts en trois jours !

Aucun flic ni aucun responsable de ces violences et meurtres n’a jamais été inquiété bien sûr. Au contraire : le préfet de Guadeloupe Pierre Bolotte par exemple, qui avait orchestré le massacre de 1967, sera nommé juste après préfet du nouveau département de Seine-Saint-Denis…

Et encore une fois c’est loin d’être exhaustif, ni pour la répression à grande échelle de mouvements sociaux, ni pour les violences policières en général, et il faut ajouter toutes les violences du quotidien (souvent ciblées sur des Non-blanc·he·s évidemment), comme les contrôles au faciès, les tabassages, les mutilations et meurtres, les accidents de scooter que les flics provoquent volontairement, etc. Presque toujours en toute impunité, et depuis des années et des années. On a retenu qu’une poignée de noms comme Malik Oussekine ou Zyed Benna et Bouna Traoré, mais la police tue une quinzaine de personnes par an en moyenne, sans parler de toutes ses violences qui ne tuent pas mais laissent des gens mutilé·e·s. Ou des déportations de sans-papiers vers des dictatures, etc.

C’est pas Macron qui a inventé les violences policières hein, et arrêtez de réclamer une police « républicaine ».

Aussi loin qu’on regarde, la république a toujours couvert et encouragé les assassins en uniforme. 🐷 🐷 🐷

@jor @vilain

C'est vrai mais il y a quand même des dimensions différentes.

Quand l'armée tire sur les mineurs de 1948, c'est inhérent à l'armée, à toutes les armées : elles obéissent à l'ordre de tirer. Sans doute idem pour 1967 en Guadeloupe (je connais mal donc je n'exclue pas une amplification des ordres du préfet par les policiers eux-mêmes). Je ne les défends pas (certainement pas !) mais disons que ça s'inscrit dans un mécanisme militaro-policier classique de tous les États. Cela aurait pu se passer de la même manière dans à peu près tous les pays du monde (hélas).

En revanche, quand la police "se défoule" le 17 octobre 1961 ce n'est pas simplement pour obéir aux ordres de Papon.

Et quand la police assassine des gamins dans les banlieues (Nahel n'étant que le dernier d'une longue liste), c'est une pulsion sociale interne au corps policier qui dépasse totalement leur rôle habituel dans d'autres États. C'est bien une dérive spécifiquement française (OK, c'est pire aux États-Unis mais ce n'est pas une excuse).

Ce n'est pas un hasard si la police allemande n'a commis qu'un seul et unique meurtre lors de contrôles routiers en 15 ans, alors qu'en France il y en a une dizaine par an !

Comme le dit le SüdDeutsche Zeitung :
" Il y a un problème général de violences policières en France. [...] Le Conseil de l’Europe l’a récemment confirmé après les manifestations contre la réforme des retraites. [...] [À Sainte-Soline] on voit des policiers qui donnent l’impression de partir à la guerre. […] C’est un miracle que personne ne soit mort. [...] C’est une mauvaise tradition : en France, la police ne protège pas en premier lieu les citoyens, elle protège l’Etat. Ce principe fondamental imprègne toutes les unités, des forces d’intervention spécialisées aux contrôles routiers."

Ce qui rejoint votre analyse. Simplement, certains faits que vous citez au début pourraient s'expliquer par un autre mécanisme, et il faut bien se concentrer sur ce qui est spécifique à la France : une culture policière ancienne, profonde et meurtrière.

@JacquesCaplat @jor @vilain

C'est un mensonge de dire que les policier sont en autonomie. Ils obéissent aux ordres, ils obéissent aux objectifs chiffrés du gouvernement, ils sont dans la tradition républicaine.
A Sainte-Soline c'était les gendarmes pas la police. Si les gendarmes ou l'armée étaient au contact de cités dans le cadre de la politique répressive de l'état, ils finiraient pas agir de la même façon, en déshumanisant les habitants.
Comme les militaires français peuvent agir en opex.

@vysire @jor @vilain

Je n'ai jamais écrit qu'ils "sont en autonomie".

En revanche, j'ai écrit et je persiste : ils sont un groupe humain, et comme tous les groupes humains ils ont des valeurs, des histoires partagées, des réflexes culturellement construits.

La police française n'est pas la police britannique (non-armée dans son fonctionnement quotidien, type contrôles routiers, et qui donc évidemment ne joue pas aux cow-boys comme le font les policiers français armés), ni la police allemande.

La police ne se contente certainement pas "d'obéir aux ordres". C'est faux et c'est bien plus grave. Le meurtrier de Nahel n'a reçu aucun ordre de tirer. Il a agi parce que c'est sa culture, parce qu'il hait les jeunes racisés, parce qu'il était sûr d'être protégé, parce qu'il se prend pour un cow-boy ayant tous les droits.

Dans une institution, il y a bien plus puissant que les "ordres" : l'esprit de corps, l'histoire partagée, les valeurs transmises depuis des décennies. Et en France, ces valeurs policières ne sont pas jo-jo. Pas besoin d'ordres, les policiers anticipent.

@JacquesCaplat @vysire @vilain Oui OK, mais c’est la façon dont la police est organisée qui génère tout ça.

La culture policière elle sort pas de nulle part, elle est construite, et notamment par les formations et les consignes données, et la certitude de l’impunité (qui encourage à fond les violences, y compris les plus graves), c’est un truc qui est aussi entretenu par toute la hiérarchie et par l’État, et les tribunaux.
De même que c’est pas les policiers qui décident d’où on les envoie, mais l’État qui décide de concentrer les moyens de la police dans certains quartiers, et avec certaines missions.
Ou encore, la répression de l’immigration et la politique du chiffre, qui encouragent les flics à harceler et à contrôler au faciès, c’est décidé là aussi d’en haut, par l’État et le pouvoir politique…

Il y a un facteur humain dans tout ça, oui, mais c’est avant tout le fonctionnement de la police qui génère tout ça.

@jor @vysire @vilain

Ah mais nous sommes bien d'accord !

Il y a parfois des ordres directs (répression de 1948, répression de Saint-Soline), et il y a de toute façon une "culture de fond" qui est intégrée par les policiers et qui les conduit à être parfois eux-mêmes directement responsables et coupables en leur âme et conscience.

Mais oui, bien sûr, les deux découlent d'une même stratégie politique ancienne en France. La police est construite, formée, embrigadée psychologiquement, pour servir l'État et non pas les citoyens. Elle est le résultat d'une politique raciste, masculiniste, homophobe.

Sarkozy puis Hollande et Macron ont "ouvert la bonde", mais ça s'inscrit dans un substrat politique (intention d'État) et culturel (imaginaire policier) bien plus ancien.