#LesRascals de @[email protected] est toujours en salle et je peux que vous conseiller d'aller le voir (il ne va malheureusement pas rester longtemps). Le film est un pur geste de cinéma qui nous raconte grâce à une DA, une réalisation et une bande son ambitieuses comment sont apparus les
chasseurs de skinheads dans les années 80. Passé un début de film où il y a, à mon sens, un petit faux rythme, on est vite plongé dans cette rivalité et cette montée irréversible de la violence et le film trouve alors sa force et nous frappe comme peu de films peuvent le faire en
France. L'inconscient collectif a peu à peu effacé des mémoires ces rixes mortelles qui avaient lieu dans les rues de Paris (et d'autres grandes villes) et cette piqûre de rappel est salutaire au moment où l'on constate une résurgence des ratonnades dans de nombreuses villes en
2023. Le film nous rappelle à quel point l'escalade de la violence peut être rapide et dévastatrice. Il montre aussi à quel point la société est injuste face à cette violence, certains pouvant se permettre de frapper en quasi impunité noirs, arabes et homos, tandis que d'autres
se retrouvent en taule au moindre geste de travers. Je trouve aussi le film audacieux dans son récit puisqu'il épouse le point de vue de tous les groupes, les Rascals évidemment, celui des skinheads (ce qui est loin d'être évident), mais aussi celui d'un skin repenti qui doit
faire face à son passé, et avec au milieu cette fille, Frédérique, qui représente une société française perdue, tentée par la facilité et l'élégance du diable. Non seulement le propos est fort mais la réalisation est à la hauteur de la fresque qu'il raconte. C'est formidablement
éclairé, les cadres sont construits avec minutie, c'est du vrai cinéma ! La grandeur et l'ambition de la réalisation transcendent le récit et le film nous laisse un peu KO debout, avec le sentiment d'avoir vu quelque chose d'important, que l'on peut heureusement prolonger en
écoutant la formidable BO, tout aussi intense. On râle trop souvent sur le cinéma fr pour laisser passer sous silence une telle envie de ciné couplée à un propos fort, politique et malheureusement à nouveau d'actualité.