“Pendant que j'écrivais, le silence vient de succéder aux bruits de la carrière. Les convers ont terminé une journée d'apprentissage. Ce silence subit me fait penser à la pierre, à l'extraction, à la taille, à l'aspect. J'ai bien observé ces matériaux, aucune scie ne peut les attaquer, et, sous l'outil, ils éclatent comme du mauvais verre. Nous en ferons quelque chose. Fraîchement taillée, la pierre est claire, chaude, ocre jaune, avec le temps elle deviendra grise et dorée. La lumière semble y déposer tour à tour les couleurs du prisme, gris composé, imprégné de soleil. Les blocs bruts arrachés au sol, calibrés et burinés, deviennent matériaux nobles ; chaque coup, chaque éclat apparent, sont témoins de l'énergie et de la persévérance. Nous, moines cisterciens, ne sommes-nous pas comme ces pierres ? Arrachés au siècle, burinés et ciselés par la Règle, nos faces éclairées par la foi, marquées par nos luttes contre le démon ?... Entrez dans la pierre, et soyez vous-mêmes comme des pierres vivantes pour composer un édifice de saints prêtres.” (Fernand Pouillon, Les pierres sauvages)