Jusqu'au milieu du XXe s. (et même parfois fin du XXe s.), au mois de juin, les habitants de nombreuses villes se pressaient autour des tilleuls bordant les avenues, les places, les chemins et les jardins pour une activité saisonnière aujourd'hui oubliée : la cueillette des fleurs de tilleul. Que ce soit pour leur consommation personnelle ou pour tirer un revenu complémentaire en revendant leur récolte, il était de coutume pour les municipalités de tolérer cette pratique populaire 1/7
La pratique inquiète cependant à partir du début du XXe siècle : on craint de plus en plus les dégâts occasionnés aux arbres par des cueilleurs peu scrupuleux. Par exemple, à partir de 1913, la ville de Meaux tente de remédier à ces abus en règlementant la cueillette dans les rues et les jardins publics : celle-ci n'est désormais autorisée qu'à ceux qui en ont demandé préalablement l'autorisation. 2/7
Toutefois, ce type de restrictions ne se retrouve pas partout. Dans la ville voisine de Chelles, la municipalité n'a toujours pas pris de règlement dans les années 30, en dehors de l'obligation (générale) d'utiliser une échelle double (comme sur cette carte postale du Gard) et d'interdire de casser des branches. 3/7
Ailleurs, la cueillette est organisée par les autorités municipales pour assurer au mieux l’approvisionnement en tilleul. Certaines villes réservent ainsi des avenues entières aux hôpitaux qui y ont le monopole (gratuit) de la cueillette. Pendant la première guerre mondiale, on organise aussi des cueillettes de tilleul destinées aux infirmeries ou aux hôpitaux militaires comme ici à Langres en 1917. 4/7
Derrière la cueillette familiale, on devine parfois des réseaux de redistributions. Les pharmaciens, notamment, rachètent les récoltes de certains particuliers. Le tilleul est un bon exemple de l’exploitation d’un commun arboricole qui ne dit pas son nom. Plantés par les villes comme ornement, ces arbres sont l’objet d’une exploitation collective à titre gratuit. 5/7
Aujourd'hui, le tilleul vendu en magasin provient essentiellement d'Asie ou d'Amérique latine. Depuis quelques années, une production locale a été relancée dans la Drôme et dans les Bouches-du-Rhône par exemple. La récolte urbaine par contre a depuis longtemps pratiquement disparu 6/7