Aux USA est paru il y a quelques mois une synthèse grand public (publiée par des spécialistes) sur le Moyen Age: "The Bright Ages". De manière surprenante on n'en voit aucun écho en Europe continentale. https://rmblf.be/2022/01/11/publication-matthew-gabriele-et-david-perry-the-bright-ages-a-new-history-of-medieval-europe/
Pourtant, cela mériterait de vraies discussions. De l'autre côté de l'Atlantique, c'est un grand succès et on en parle beaucoup.
Publication – Matthew Gabriele et David Perry, « The Bright Ages. A New History of Medieval Europe »

RMBLF.be
Mais c'est aussi l'occasion de critiques impressionnantes comme celle de M. Rambaran-Olm. Celui-ci vient de voir sa recension refusée par la prestigieuse Los Angeles Review of Books. Il a tout sorti sur Twitter. Mais je préfère lancer (éventuellement) la discussion/réflexion ici à partir de sa recension fort intéressante d'un point de vue culturel, social, politique mais aussi historiographique. Voici: https://t.co/VEvR7ohtVF
Pour résumer très brutalement: l'auteur de la recension pense que les auteurs de Bright Middle Ages, sous couvert de défendre la vision d'une nouvelle Europe médiévale, vision connectée et ouverte aux femmes et aux minorités -sous ce paravent donc-, défendraient (inconsciemment?) la vision d'un Moyen Age façonnée par un imaginaire blanc et chrétien. Je schématise évidemment. Je pense que c'est une recension à lire par les historiens et historiennes en Europe.
@medieviz En effet. Merci du partage, il faudrait vraiment le lire et en discuter...
(@cartulaire21 : en écho avec l'article dont on parlait l'autre jour...)
@crideaukikuchi @[email protected]
Merci! Je me doutais bien que cela te plairait. Oui, ce serait vraiment à discuter. Car ce qui est impressionnant, c'est qu'on ne peut pas mettre les positions de Matt Gabriele et David Perry, sur le même plan que celles de Gérard Noiriel, du tout. Si on devait transposer cette recension en France, ce serait pour accuser la Nouvelle Histoire du MA de Florian Mazel de whitewashing. De quoi réfléchir et discuter donc!
@medieviz @crideaukikuchi
J'ai lu la recension hier matin et l'ai trouvée vraiment très intéressante. Je n'ai pas lu le bouquin, et je suis un white cishet male dans une position socialement avantageuse et bossant littéralement pour l'Église catholique, donc le sentiment de ma légitimité à en parler ne vole pas haut… Certains reproches me paraissent injustes, par exemple, celui d'être restés focalisés sur l'Europe : c'était, je pense, le projet explicite du livre ; et du coup …/…
@medieviz @crideaukikuchi …/… le reproche d'être restés centrés sur une histoire blanche et chrétienne devient aussi un peu injuste : il faut insister sur la présence et l'importance historiques des populations en situation de minorité (démographique ou civile : femmes, non-catholiques, racisés) dans l'Europe médiévale, il n'en reste pas moins que ces populations étaient bel et bien en situation de minorité. Mais les reproches de Mary RO sur ce point touchent l'approche des auteurs …/…

@medieviz @crideaukikuchi …/… En un sens, ils choisiraient des contre-exemples pour nuancer une situation systémique, ce qui est en effet de mauvaise méthode — et, pour elle, finit par légitimer le discours systémique.

De ce point de vue j'ai trouvé intéressante sa recommandation d'O. Otele, African Europeans (je l'ai commandé 😅 ) dont l'approche a l'air d'être inverse et plus juste… mais elle a pour sujet explicite cette minorité, et non l'Europe médiévale comme Gabriele et Perry. …/…

@medieviz @crideaukikuchi Bref, la critique de fond me paraît vraiment très intéressante et m'apprend à transformer mon regard, ce qui est excellent. Après, l'espèce de chasse en meute qui s'est déclenchée hier avec le hashtag "Bright Ages So White" est souverainement déplaisante… Mais les réactions de Bond et Gabriele ont été si stupides qu'on pouvait difficilement s'attendre à une désescalade 😐 🤷‍♂️

(Voilà c'est tout 😅 )

@chaprot @crideaukikuchi

J'ai lu les choses de la sorte. Je passe sur les excitations d'hier, que je peux comprendre vu les crispations des uns et des autres, mais qui est de fait, comme tu dis, très déplaisante.
Pour le reste, le compte rendu est intéressant en ce qu'il permet de se rendre compte du terrain glissant sur lequel nous marchons. Le livre d'Otele: j'avoue n'avoir pas encore l'opportunité de le lire, mais comme toi je pense qu'il le faut. Surprenant qu'on en parle si peu en France

@chaprot @crideaukikuchi ?
Bright MA est un drôle de livre, oui. Sans note, fait d'anecdotes. C'est un livre risqué sur beaucoup de terrains. Et c'est le pari d'un certain livre grand public post-trumpien, qui se voulait consensuel et bien-pensant, mais qui en définitive blesse davantage encore, qui est évidemment visé ici par les critiques de MRO.
@chaprot @crideaukikuchi
J'ai eu les mêmes réflexions que toi à propos des critiques sur l'Europe médiévale et sa domination chrétienne, difficilement évitables. Et je m'inquiète un peu pour le sort du MA Européen, même décentré, même remis en question, même remis à sa place, dans les études d'histoire médiévale à venir. Outre Atlantique, elles sont balayées. Je ne sais quoi en penser.
@medieviz @chaprot
Je ne suis pas sure qu'une synthèse d'histoire médiévale strictement européenne ait véritablement un sens aujourd'hui, dans la mesure où on sait qu'en réalité, ça désigne soit l'Europe de l'Ouest, soit la Chrétienté latine, et que dans tous les cas, c'est très mal défini et/ou en cours de définition.
Du coup je comprends les reproches qui leur sont adressés, parce que je pense que le postulat de départ ne pouvait pas fonctionner...
@crideaukikuchi @chaprot
C'est vrai, mais reconnaissons que c'est toujours ainsi que nous fonctionnons, malheureusement. Comme je le disais, regarde la Nouvelle Histoire du MA dirigée par Florian Mazel: les chapitres "non occidentaux" sont clairement satellitaires
@medieviz @chaprot
My point exactly :)
@crideaukikuchi @chaprot
Ceci dit, quand j'écrivais que je craignais pour le MA européen, c'est moins pour les synthèses que pour les études en elles-même, du moins hors d'Europe. Le retour de balancier, aux USA, est assez terrible. Normal, après des siècles de domination historiographique. Mais est-ce que cela changera quelque chose? Par ex, les études orientalistes sont toujours dominées par les écoles européennes et anglo-saxonnes...
@crideaukikuchi @chaprot
Avec en corollaire cette autre question, probablement un peu provocatrice: comment ne pas abandonner les études sur "un" MA européen aux white supremacists, aux USA comme en Europe?
@crideaukikuchi @chaprot
Bref, beaucoup de défis passionnants, qu'on ne pourra résoudre qu'en dehors d'une confrontation violente et radicale des arguments, mais dans un contexte de réflexion original, décentré et de la plus grande ouverture possible. Mais qu'on pourra résoudre...
@medieviz @chaprot
Ca induit les problèmes de méthode pointés dans le CR et que Pierre reprenait.
Ceci étant, ça ne veut pas dire qu'on ne peut plus faire d'histoire dans un contexte européen, mais la question des échelles doit être un peu mieux réfléchie...
Le dernier article de K. Oschema et T. Ertl (aux Annales pour l'instant seulement sur CUP, bientôt sur Cairn) permet justement assez bien de réfléchir à ce qu'on peut faire, ce qu'on doit faire pour éviter de créer de nouvelles inégalités.
@medieviz @chaprot
D'ailleurs, la question des angles morts et de la problématique européo-centrée est aussi quelque chose qu'on peut discuter pour la Nouvelle Histoire du MA, même si pas exactement en ces termes (à mon avis).
Pour ma part, ce sont surtout les reproches de whiteness dans la forme et en particulier l'absence de notes de bas de page qui m'ont un peu agacées, parce que je ne crois vraiment pas que ça ait un rapport. Ca déplace le débat alors que la question de fond est cruciale.
@crideaukikuchi @chaprot
Evidemment d'accord. Mais très difficile à réaliser. Faut que je lise Oschema/Ertl..
Pour l'instant, tous les travaux d'histoire globale que j'ai lus, y compris la gigantesque entreprise autrichienne de Walter Pohl (et surtout elle) trébuchait sur l'ornière (le gouffre) de la difficulté de la mise en // des concepts