Revenir à Perpignan c'est toujours une sensation étrange et nostalgique à la fois. Le vent me manque, boum, une rafale. L'ancien collège, passer à côté. Retrouver les rues, les commerces qui changent, les sens interdits. M'émerveiller à nouveau devant les nuages en feu dignes d'un Vermeer. La pointe du Canigò et ses pentes enneigées, devant le soleil couchant. La route en vélo pour aller au lycée. Les températures si douces. Les souvenirs de cette dizaine d'années. L'envie de tout redécouvrir avec mes yeux vieillis et conscients de la beauté des choses.
Tout m'appartient, et plus rien n'est à moi. Je n'ai pas encore tout vu, tout ce qui a été refait. Les nouvelles couleurs des devantures, celles qui se sont vidées et qui attendent, tristes. Le vide des rues du soir, le sifflement de la Tramontane dans les interstices. J'aimerais en raconter des morceaux pendant des heures, de l'accent prononcé, des roulements de langue du catalan. Des nèfles accrochées aux arbres des jardins. Du temps qui manque pour faire la tournée familiale, de Saint-Laurent à Cabestany en passant par Claira et Saleilles, peut-être. Et un jour, revenir à Ille et Eus, pour retrouver des racines enfouies trop profondément pour que ça ne fasse pas mal. Il reste quelques jours pour se rapprocher, pour se souvenir encore.