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Adolf Hitler, né le 20 avril 1889 à Braunau am Inn, alors en Autriche-Hongrie, et mort par suicide le 30 avril 1945 à Berlin, est une figure centrale du XXe siÚcle dont l'ascension au pouvoir en Allemagne a marqué profondément l'histoire mondiale. Fondateur du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (Parti nazi), son régime totalitaire a insta


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Adolf Hitler — Akerix

Dictator of Germany from 1933 to 1945

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Varsovie : Le zoo de la liberté

Antonina Zabinski

Par Ada Shlaen*,
[19 avril 2026]

En souvenir du soulĂšvement du
GHETTO DE VARSOVIE le 19 avril 1943
(PremiĂšre publication : 18 mai 2017)

Il y a quelques mois j’ai eu l’occasion de feuilleter les pages littĂ©raires d’un magazine et j’ai remarquĂ© alors la critique du livre de Diane Ackerman, intitulĂ© : La femme du gardien de zoo. Cette Ɠuvre raconte des Ă©vĂ©nements rĂ©els qui avaient lieu au jardin zoologique de Varsovie pendant la 2e guerre mondiale.

À cette Ă©poque, le directeur, Jan Ć»abiƄski[1] et sa femme Antonina, ont sauvĂ© de trĂšs nombreux Juifs, en transformant le zoo en un lieu d’asile. À vrai dire j’ai trouvĂ© ce titre trop long et assez maladroit, mais j’ai lu le rĂ©sumĂ© avec un sentiment de « dĂ©jĂ  vu Â» assez saisissant, ayant vite compris que je connaissais autrefois cette histoire, qui, depuis de longues annĂ©es, est restĂ©e enfouie quelque part dans ma mĂ©moire


Varsovie années 1950
Brusquement j’ai fait un voyage dans le temps et je me suis retrouvĂ©e Ă  Varsovie Ă  la fin des annĂ©es 50 du siĂšcle dernier quand mon pĂšre organisait pour mon frĂšre cadet et moi-mĂȘme des sorties dominicales. Le jardin zoologique qui est situĂ©, depuis sa fondation en 1927, sur la rive droite de la Vistule, Ă©tait souvent le but de nos promenades.

Est-ce important de savoir que le zoo se trouve prĂ©cisĂ©ment sur la rive droite ? Dans le cas de Varsovie de cette Ă©poque la diffĂ©rence Ă©tait notable. Bien que nous fussions dĂ©jĂ  une quinzaine d’annĂ©es aprĂšs la libĂ©ration de la ville, intervenue le 17 janvier 1945, les ruines Ă©taient encore trĂšs visibles sur la rive gauche de la Vistule, oĂč se trouvent les quartiers centraux de la capitale et oĂč deux rĂ©voltes successives eurent lieu en 1943 (celle du ghetto) et en 1944 (celle de la rĂ©sistance polonaise). Deux rĂ©voltes en deux ans et la rĂ©pression implacable qui suivit, transformĂšrent cette partie de la ville en un champ de ruines. Par contre la rive droite, appelĂ©e Praga, Ă©tait relativement Ă©pargnĂ©e.

À l’époque il y avait dĂ©jĂ  des quartiers reconstruits, comme la Vieille Ville, mais dans ma mĂ©moire sont gravĂ©es surtout des ruines Ă  peine dĂ©blayĂ©es du ghetto
 Telle fut ma premiĂšre vision de Varsovie, elle Ă©tait loin d’ĂȘtre agrĂ©able.

J’avais alors une dizaine d’annĂ©es et ma famille venait d’accomplir un long pĂ©riple qui nous avait fait quitter ma ville natale, Birobidjan. Avant de continuer notre voyage encore plus loin vers l’Ouest, nous nous posĂąmes pour un long moment en Pologne. Mon pĂšre aurait voulu habiter Ă  Varsovie, mais les appartements libres y Ă©taient en nombre infime et il fallait patienter assez longtemps pour se voir attribuer un logement dĂ©cent. Alors nous avons habitĂ© pendant les deux premiĂšres annĂ©es non pas Ă  Varsovie mĂȘme, mais dans une petite ville de villĂ©giature, ÚrÈŻdborÈŻw, Ă©loignĂ©e de quelque trente kilomĂštres de la capitale. Heureusement il y avait un train de banlieue qui reliait trĂšs commodĂ©ment cet endroit au centre de Varsovie oĂč mon pĂšre travaillait.

Nous n’y allions pas trĂšs souvent, il fallait une raison prĂ©cise pour un tel dĂ©placement, c’était pour visiter un monument, un musĂ©e, aller au cinĂ©ma ou prĂ©cisĂ©ment visiter le Jardin Zoologique. Papa aimait bien le zoo ; Ă  cette Ă©poque les gens admiraient sans arriĂšre-pensĂ©es des animaux exotiques, dont la survie Ă©tait alors moins menacĂ©e, car les braconniers n’étaient pas encore Ă  l’ordre du jour !

Il me reste quelques photos prises lĂ -bas, on nous voit, mon frĂšre et moi, rouler dans une petite voiture Ă  pĂ©dales, nous avons l’air de bien nous amuser ! Pendant ces sorties mon pĂšre avait l’habitude de nous raconter l’histoire des endroits visitĂ©s, parler des personnes qui les avaient créés ou bien qui y avaient vĂ©cu.

Jan et Antonina
GrĂące Ă  lui, j’ai connu l’histoire du zoo et surtout de son directeur de la pĂ©riode de la guerre, le professeur Jan Ć»abiƄski. D’ailleurs je connaissais dĂ©jĂ  ce nom car j’avais eu l’occasion de l’écouter Ă  la radio oĂč il avait une Ă©mission rĂ©guliĂšre, consacrĂ©e aux animaux. À mi-voix, visiblement ne voulant pas ĂȘtre entendu des autres visiteurs, mon pĂšre nous a racontĂ© que pendant l’occupation allemande, beaucoup de gens furent cachĂ©s dans le zoo, surtout des Juifs et la plupart survĂ©curent grĂące Ă  l’action de Jan et de sa femme, Antonina.

Jan Ć»abiƄski : professeur, mais pas gardien
Le professeur Ć»abiƄski avait Ă©tĂ© nommĂ© Ă  ce poste bien avant la guerre, le 1er juin 1929 ; Ă  l’époque il avait 32 ans, car il Ă©tait nĂ© le 8 avril 1897, il y a aujourd’hui plus de 120 ans. Son prĂ©dĂ©cesseur et fondateur du jardin zoologique, Wenantem BurdziƄski est mort en dĂ©cembre 1928, victime d’un hiver trop rigoureux. Il avait pris froid en travaillant Ă  l’extĂ©rieur quand il prĂ©parait des abris pour les animaux de pays chauds. Jan Ć»abiƄski avait dĂ©jĂ  le titre de docteur Ăšs sciences et dirigeait la chaire de zoologie de l’École SupĂ©rieure VĂ©tĂ©rinaire. Il Ă©tait bardĂ© de diplĂŽmes.

Pour cette raison je n’ai pas compris le mot « gardien Â», utilisĂ© par Diane Ackerman pour le dĂ©finir !

Il souhaitait Ă©tablir un contact avec les amoureux de la nature et il avait pu le faire grĂące Ă  la radio. À partir de 1926 et pendant plus de quarante ans, il assurait Ă  la radio une rubrique permanente, destinĂ©e surtout aux jeunes. On disait de lui qu’il Ă©tait capable de dĂ©crire un animal de telle maniĂšre, qu’un aveugle serait capable de le voir en couleurs. Il considĂ©rait qu’il n’était pas suffisant d’étudier les animaux Ă  distance, qu’il fallait habiter avec eux pour connaĂźtre leurs habitudes et leur psychologie. Avec des annĂ©es il devint aussi l’auteur d’une bonne soixantaine de livres et de plusieurs scĂ©narios de films documentaires.

Ainsi en 10 ans Ă  peine le professeur Ć»abiƄski avait rĂ©ussi Ă  crĂ©er un trĂšs beau jardin zoologique, l’un des meilleurs en Europe. Il Ă©tait trĂšs fier de la naissance de plusieurs animaux qui ne se reproduisent que trĂšs difficilement en captivitĂ©, comme des Ă©lĂ©phants ; or en 1937 une petite femelle vit jour Ă  Varsovie et devint rapidement la prĂ©fĂ©rĂ©e des visiteurs. ParallĂšlement, il consacra beaucoup de temps Ă  la rĂ©installation des espĂšces disparues dans leur milieu naturel. Ainsi il participa activement au retour du bison dans la forĂȘt de BiaƂowieĆŒa, la plus ancienne forĂȘt primaire d’Europe.

Cette pĂ©riode fut aussi trĂšs heureuse dans sa vie privĂ©e. À l’École VĂ©tĂ©rinaire, il fit connaissance d’une jeune documentaliste, Antonina. À l’époque elle avait une vingtaine d’annĂ©e et avait dĂ©jĂ  derriĂšre elle plusieurs Ă©vĂ©nements dramatiques, pour ne pas dire tragiques. Elle Ă©tait nĂ©e Ă  Saint-PĂ©tersbourg en 1908 dans la famille d’un ingĂ©nieur polonais, parti en Russie pour construire des chemins de fer. Elle avait perdu sa mĂšre Ă  l’ñge de deux ans et avait Ă©tĂ© Ă©levĂ©e par sa tante Ă  Moscou tandis que son pĂšre s’installait Ă  Tachkent avec sa seconde Ă©pouse. AprĂšs la rĂ©volution de 1917 celui-ci dĂ©cida de faire venir la fillette chez lui, souhaitant veiller sur elle par ces temps troubles. Un soir que le couple Ă©tait sorti faire une course, ils ne revinrent jamais, car ils avaient Ă©tĂ© fusillĂ©s par des soldats « rĂ©volutionnaires Â» qui trouvĂšrent qu’ils avaient une allure de gens riches, donc qu’ils devaient faire partie des « exploiteurs du peuple Â»â€Š

AprĂšs la fin de la guerre civile, Antonina put revenir avec sa tante en Pologne, redevenue indĂ©pendante en 1918. AprĂšs la fin de ses Ă©tudes, elle trouva du travail dans le service de la documentation de l’École VĂ©tĂ©rinaire ; ce choix n’était pas fortuit, car la jeune femme aimait depuis toujours les animaux et rĂȘvait de s’en occuper. Tout logiquement, tous les enseignants de l’École venaient consulter des livres et des revues Ă  la bibliothĂšque, parmi eux il y avait le professeur Ć»abiƄski qu’elle Ă©pousa en 1931 lorsqu’il Ă©tait dĂ©jĂ  le directeur du zoo. Ils s’installĂšrent dans une trĂšs moderne villa surnommĂ©e par des amis Sous une Ă©toile folle oĂč leurs deux enfants, Richard et Teresa, ont grandi entourĂ©s d’animaux. Cette demeure familiale avait souvent l’aspect d’une Arche de NoĂ©, car le couple y abritait souvent des animaux malades. Antonina aimait les observer et aidait rĂ©guliĂšrement son mari dans des soins quotidiens. Plus tard elle Ă©crira plusieurs livres pour enfants, basĂ©s sur ses observations. Juste avant la guerre, en 1939, elle sortit son livre le plus connu Jolly et sa famille traduit en plusieurs langues aprĂšs la guerre.

Le zoo pendant la guerre
Malheureusement cette vie harmonieuse du couple fut brisée par la guerre qui commença pour la Pologne le 1 septembre 1939. DÚs les premiers jours, le zoo est bombardé et certains animaux sont tués.

Le maire de Varsovie, Stefan StarzyƄski craignant la fuite de fauves dans la ville, donne l’ordre d’en tuer certains. Les gardiens durent obĂ©ir avec des larmes dans les yeux. Comme la capitale a Ă©tĂ© assiĂ©gĂ©e pendant un mois, et les vivres manquant, on procĂ©da Ă  l’abattage d’un nombre important de bĂȘtes. Lorsque Varsovie fut tombĂ©e, les occupants pillĂšrent le zoo, en transfĂ©rant en Allemagne les animaux les plus prĂ©cieux et rares qui restaient encore sur place, comme la jeune Ă©lĂ©phante. De plus dans la nuit de la Saint Sylvestre 1940 des soldats allemands organisĂšrent une soirĂ©e de chasse pendant laquelle ils opĂ©rĂšrent un vrai carnage. En quelques mois Jan et Antonina perdirent les fruits d’un long travail commun.

Jan Zabinski

Si vous avez dĂ©jĂ  visitĂ© un zoo, vous avez sĂ»rement remarquĂ© que les cages, les enclos et les bassins ne sont qu’une face visible, que derriĂšre il y a toute une infrastructure complexe ; il y a des passages secrets, des dĂ©pĂŽts, des rĂ©servoirs qu’on utilise aux moments de soins, lors de la distribution de la nourriture, mais ces endroits peuvent facilement servir Ă  autre chose. Ainsi l’absence des animaux ne signifiait pas la disparition de toute activitĂ©, loin de lĂ  !

Jan Ć»abiƄski, qui avait le grade de lieutenant, obtenu en 1920 pendant la guerre contre l’ArmĂ©e rouge, Ă©tait parmi les premiers Ă  rejoindre le mouvement de la rĂ©sistance AK (ArmĂ©e de l’IntĂ©rieur) qui dĂ©pendait du gouvernement en exil Ă  Londres. Sous le nom de code « Franciszek Â»[2] il Ă©tait membre de la structure militaire clandestine. Ses activitĂ©s Ă©taient multiples, souvent inattendues ; toutes Ă©taient dangereuses, mais Ă  des degrĂ©s divers.

Il trouvait toujours un coin pour rassembler ses Ă©tudiants qui poursuivaient ainsi leurs Ă©tudes et obtenaient leurs diplĂŽmes, bien que les autoritĂ©s d’occupation eussent fermĂ© toutes les facultĂ©s. Car en Pologne pendant la guerre les enseignants pouvaient ĂȘtre poursuivis pour l’exercice de leur mĂ©tier.

Les cachettes du zoo
Afin d’éviter le licenciement du personnel, il obtint l’accord des Allemands et crĂ©a une ferme d’élevage de porcs. Cette activitĂ© lui permit d’obtenir une autorisation spĂ©ciale de se dĂ©placer librement dans toute la ville, y compris dans le ghetto, afin de ramasser des restes de nourriture. De cette maniĂšre il passait partout, pratiquement sans ĂȘtre contrĂŽlĂ©. Il pouvait ainsi amener dans le zoo des armes, des explosifs, des faux papiers, qui Ă©taient cachĂ©s dans des cages, des grottes, des souterrains abandonnĂ©s, et qui furent ensuite utilisĂ©s dans les diffĂ©rentes actions, dirigĂ©es contre les forces d’occupation.

Mais les recoins du zoo servaient surtout de cache aux personnes en danger de mort. Jan Ć»abiƄski fut un membre actif de la structure clandestine, appelĂ©e Ć»egota. C’était le nom de code de la Commission d’Aide aux Juifs qui faisait partie de la rĂ©sistance polonaise AK (ArmĂ©e de l’IntĂ©rieur) et qui opĂ©rait en Pologne durant l’occupation allemande entre1942 et 1945.

Le ghetto de Varsovie, bien qu’entourĂ© par des murs et des barbelĂ©s, n’était pas hermĂ©tiquement clos. Surtout dans les premiers mois de son existence, il Ă©tait relativement poreux. Il y avait des personnes qui arrivaient Ă  s’enfuir. Mais ensuite il fallait avoir les bons papiers d’identitĂ© et surtout un endroit pour se cacher, chez des personnes sĂ»res qui n’allaient pas vous livrer Ă  l’occupant. Or il y avait peu de gens capables de prendre un tel risque pour eux et leur entourage, car en Pologne toute personne qui aidait les Juifs Ă©tait passible de la peine de mort.

GrĂące Ă  Jan Ć»abiƄski et Ă  sa femme
le zoo de Varsovie put devenir un lieu de sauvetage.
..

Le nombre exact de personnes sauvĂ©es par le couple n’est pas connu avec exactitude absolue, il avoisine les 300 personnes. Certaines ne restaient que quelques heures avant de rejoindre leur cachette dĂ©finitive, d’autres sĂ©journaient pendant des semaines, voire des mois. Il y avait parmi eux des personnalitĂ©s connues et des gens simples. Le directeur, profitant de son « ausweis[3] Â» se rendait Ă  plusieurs reprises dans le ghetto pour retrouver ses anciens fournisseurs et les membres de leurs familles, les amena dans le zoo pour les cacher dans la villa Sous une Ă©toile folle.

On utilisait aussi comme « planques Â» les locaux abandonnĂ©s oĂč avant la guerre se prĂ©lassaient les lions et les Ă©lĂ©phants. Tout cela se faisait au nez et Ă  la barbe des Allemands, prĂ©sents en permanence dans le pĂ©rimĂštre du jardin zoologique, ce qui augmentait notablement le danger. Lorsqu’ils faisaient leurs apparitions, Antonina donnait un signal d’alerte, en jouant les extraits de l’opĂ©rette « la Belle HĂ©lĂšne Â» et les « locataires Â» devaient se cacher dans des placards, au grenier, dans des tunnels souterrains. NĂ©anmoins Jan et son Ă©pouse portaient sur eux une ampoule de cyanure de potassium, la mort leur semblant prĂ©fĂ©rable Ă  l’arrestation.

On peut penser que la prĂ©sence de toutes ces personnes exigeait un bon sens d’organisation. On ne peut qu’admirer Antonina qui Ă©tait chargĂ©e de tous les problĂšmes matĂ©riels. Au zoo on cultivait son potager et on vivait en autarcie, heureusement il y avait assez d’espace ! D’ailleurs les habitants de Varsovie pouvaient y recevoir des lopins de terre et de nombreuses personnes profitaient de cette aubaine car l’approvisionnement de la population civile Ă©tait trĂšs limitĂ©.

Le premier aoĂ»t 1944, au moment oĂč l’ArmĂ©e rouge se rapprochait de Varsovie, la rĂ©sistance fidĂšle au gouvernement de Londres dĂ©clencha une insurrection qui dura 63 jours et qui entraĂźna la destruction massive des plusieurs quartiers de la rive gauche de Varsovie et des pertes Ă©normes dans la population civile.

Jan Ć»abiƄski quitta alors le jardin zoologique et rejoignit les insurgĂ©s qui combattaient dans le centre de la capitale. Il fut blessĂ© Ă  la mi-septembre et aprĂšs la capitulation des forces de l’ArmĂ©e de l’IntĂ©rieur, il fut emprisonnĂ© pendant plusieurs mois dans un camp pour des militaires. Antonina et les enfants furent expulsĂ©s par des Allemands, mais ils purent revenir assez vite dans la villa, car la rive droite fut libĂ©rĂ©e Ă  la mi-septembre 1944 par l’ArmĂ©e rouge. Lorsque Jan Ć»abiƄski revint Ă  Varsovie en 1945, il s’attela Ă  la reconstitution du zoo qui put rouvrir ses portes en 1949.

Sous l’ùre soviĂ©tique
Mais en 1950 il dut prĂ©senter sa dĂ©mission, car dans la Pologne communiste et sous une forte pression soviĂ©tique, un ancien membre de l’ArmĂ©e de l’IntĂ©rieur Ă©tait une personne suspecte, d’ailleurs plusieurs personnes furent alors arrĂȘtĂ©es, jugĂ©es et emprisonnĂ©es pour cette raison. Cette dĂ©mission forcĂ©e Ă©tait pour le professeur un coup trĂšs dur, il Ă©vitait d’ailleurs de retourner dans le zoo et interdit Ă  ses enfants d’y aller.

Les Ć»abiƄski durent alors quitter la villa du zoo oĂč ils vivaient depuis leur mariage. Dans cette maison leurs enfants Ă©taient nĂ©s, y avaient soignĂ© les animaux, y avaient cachĂ© leurs amis. Cette pĂ©riode dut ĂȘtre trĂšs dure pour eux ; heureusement Jan avait ses cours et ses Ă©missions, mais Antonina, pendant plusieurs mois, fut plongĂ©e dans une profonde dĂ©pression et ne put la surmonter que grĂące Ă  l’écriture. En 1968 elle publie ses mĂ©moires sous le titre, simple et Ă©vocateur « Les hommes et les animaux Â».

Justes !
La mĂȘme annĂ©e le couple se rend en IsraĂ«l pour recevoir le titre de Justes parmi les Nations et planter leur arbre sur le Mont du Souvenir. Il est intĂ©ressant de remarquer qu’ils se trouvaient en IsraĂ«l pendant une violente action antisĂ©mite du gouvernement polonais, qui rompit d’ailleurs les relations diplomatiques entre les deux pays, le 12 juin 1967, suite Ă  la guerre de six-jours.

Cette distinction faisait suite Ă  la dĂ©marche de l’Institut Historique Juif de Varsovie qui avait transmis Ă  Yad Vashem une liste de personnes sauvĂ©es par le couple Ć»abiƄski, en l’accompagnant d’un compte-rendu de Jan. Dans ce document il expliquait les raisons de sa conduite :

« Mes actions ont Ă©tĂ© et restent Ă  ce jour le rĂ©sultat de mon Ă©ducation humaniste, reçue aussi bien auprĂšs de mes parents que dans mon lycĂ©e de Varsovie.

À moult reprises je souhaitais analyser les raisons de l’aversion envers des Juifs et je n’ai rien trouvĂ©, sauf des prĂ©textes, forgĂ©s d’une maniĂšre artificielle. Quant Ă  moi, j’avoue que je n’ai jamais pu trouver un quelconque trait de caractĂšre qui pourrait justifier la haine ou le rejet de Juifs.

Tout au long de ma vie l’origine des personnes que je frĂ©quentais n’a eu aucune importance pour moi. Je pense que telle devrait ĂȘtre conduite de chaque honnĂȘte homme. Je n’ai jamais considĂ©rĂ© notre aide comme l’aumĂŽne, mais comme le devoir envers ceux, (alors il s’agissait de Juifs), qui Ă©taient persĂ©cutĂ©s et rabaissĂ©s.

Alors, je ne pensais mĂȘme pas aux menaces qui s’amoncelaient au-dessus de nous. Ces mĂȘmes motifs qui me poussĂšrent Ă  fournir l’aide active aux Juifs, m’ont conduit Ă  l’action militaire dans les rangs de l’ArmĂ©e de l’IntĂ©rieur Â».

Il serait exagĂ©rĂ© d’affirmer que l’hĂ©roĂŻsme de Jan et d’Antonina fut complĂštement ignorĂ©. Dans les annĂ©es 1950, en Pologne et en IsraĂ«l, vivaient encore de nombreux tĂ©moins, mais les officiels du rĂ©gime communiste prĂ©fĂ©raient taire les actes courageux de leurs adversaires politiques. Pourtant Ă  Varsovie le professeur Ć»abiƄski Ă©tait une personnalitĂ© connue et respectĂ©e, les livres de sa femme Ă©taient lus par des nombreux lecteurs. Mais Antonina mourut en 1971, Jan dĂ©cĂ©da en 1974 et leur souvenir s’estompa peu Ă  peu.

Un film
Ils sont revenus vers nous grĂące au livre de Diane Ackerman, publiĂ© en 2007 (ce livre a Ă©tĂ© traduit en français en 2015). Une histoire si romanesque provoqua mĂȘme l’intĂ©rĂȘt de producteurs amĂ©ricains qui lancĂšrent un film qui devait ressusciter l’épopĂ©e des Ă©poux Ć»abiƄski.

https://youtu.be/6BalZU7zRuU?si=BZ_KAyQG5HwFqBaf

La mise en scĂšne est assurĂ©e par rĂ©alisatrice nĂ©ozĂ©landaise Niki Caro, le rĂŽle de Jan Ć»abiƄski est tenu par Johan Heldenbergh, tandis que Jessica Chastain joue Antonina. On peut signaler que l’actrice amĂ©ricaine s’était rendue, avant le tournage Ă  Varsovie, pour rencontrer Teresa, la fille d’Antonina, car elle voulait connaĂźtre ses habitudes, sa maniĂšre de s’habiller, comprendre mieux son amour pour les animaux. Un jour pendant le tournage elle a refusĂ© de mettre un pantalon, en disant que d’aprĂšs Teresa, sa mĂšre n’en portait jamais.

Ce film permettra Ă  de nombreux spectateurs de connaĂźtre mieux cette pĂ©riode si sombre et si douloureuse, aurĂ©olĂ©e par le courage immense d’Antonina et de son mari.

Et si jamais vous deviez passer par Varsovie, allez faire un tour au jardin zoologique oĂč pourrez mĂȘme visiter la villa Sous une Ă©toile folle ! AS♩

Ada Shlaen, MABATIM.INFO

* Ada Shlaen est professeur agrégée de russe, et a enseigné aux lycées La BruyÚre et Sainte-GeneviÚve de Versailles.

[1] Le nom du professeur se prononce «Yan Jabinski Â». Nous avons ici un bon exemple de l’orthographe polonaise qui s’écrit avec des caractĂšres latins, mais certaines lettres sont surmontĂ©es par des signes diacritiques pour prĂ©ciser leur prononciation.
[2] Nous avons ici la forme polonaise du prénom François.
[3] « ausweis Â» = un laissez-passer

#Juste #Shoah
Im FrĂŒhjahr 1943 kĂ€mpfte die jĂŒdische Jugend im #WarschauerGhetto gegen SS und deutsche Polizei. Eine AnfĂŒhrerin der #ZOB hieß #ZiviaLubetkin. Mit anderen GhettokĂ€mpfer*innen grĂŒndete sie in #Israel einen #Kibbuz und das erste Museum der #Shoah. Von Rosa Budde taz.de/Shoa-Museum-...