Chapitre 4

Quelques semaines aprĂšs ton arrivĂ©e, le froid s’intensifia. Nous Ă©tions encore en pleine adaptation, chacune de nous cherchant sa place. Je ne pouvais remplacer ta mĂšre, tu ne pouvais ĂȘtre ma fille. Je voyais bien, dans tes gestes et tes sursauts, dans ta façon de te rendre invisible, que tu avais encore peur de moi, et moi j’avais dĂ©jĂ  peur pour toi. Chaque jour, je dĂ©couvrais une nouvelle facette de ton courage, de ton sĂ©rieux, de nouvelles violences que tu avais subies.

DĂšs les premiers jours, je constatai avec effroi tout ce que tu avais Ă  apprendre et que la plupart des enfants savaient depuis longtemps Ă  ton Ăąge. Tu ignorais tout des couverts, de la lessive, des toilettes, t’asseyais sur le sol dallĂ© au lieu d’utiliser un fauteuil, grattais tes croĂ»tes, lĂ©chais tes doigts
 une petite sauvage. Patiemment, je m’attaquai Ă  tes mauvaises habitudes, les Ă©radiquant l’une aprĂšs l’autre et bouillant de ne pouvoir te changer tout de suite.

Il me fallait aussi m’acquitter de mes fonctions, et j’étais souvent dehors. Pour te rassurer aprĂšs une longue pĂ©riode de pĂ©nurie, je m’assurai de te laisser quantitĂ© de tisane et de gruau. AprĂšs ton copieux premier repas, tu ne mangeais plus qu’en petites quantitĂ©s, la faute Ă  ton estomac resserrĂ© par des annĂ©es de malnutrition. L’hiver ne me permettait pas de t’apporter tous les fruits et lĂ©gumes frais dont tu avais besoin, aussi puisais-je dans mes bocaux en sachant que la fin de l’hiver serait pĂ©nible et que dĂšs les premiers beaux jours, il me faudrait aller cueillir les jeunes pousses pour amener de la verdure dans nos assiettes.

La seule bonne nouvelle de notre dĂ©but de cohabitation fut l’éradication des poux, qui avaient succombĂ© Ă  l’étouffement. AprĂšs un dernier shampoing, j’égalisai ta coupe et tu perdis tes doigts dans tes cheveux soyeux, Ă©merveillĂ©e de leur douceur. Puis, comme tu t’étais habituĂ©e Ă  ton turban, tu me rĂ©clamas un foulard que je nouai sur ta tĂȘte pour retenir tes cheveux en arriĂšre, comme je le faisais aussi avec les miens pour des raisons d’hygiĂšne. Quelques mĂšches rebelles de tes fins cheveux d’enfant s’échappaient pendant que tu m’observais de tes yeux graves sĂ©lectionner des plantes et les mĂ©langer pour faire des tisanes, des cataplasmes, des bĂątons de fumigation.

L’arrivĂ©e de l’hiver te rendit nerveuse. La pluie se faisait plus froide et, le matin, nous trouvions une fine pellicule de gel dans le tonneau d’eau que je gardais dehors. Je devinais la cause de ton anxiĂ©tĂ© : ĂȘtre jetĂ©e dehors l’étĂ© t’avait laissĂ© peu de chances de survie, mais Ă  cette pĂ©riode de l’annĂ©e, c’était la mort assurĂ©e. Si j’estimais qu’il Ă©tait encore trop tĂŽt pour t’apprendre Ă  lire et Ă©crire, ton comportement gĂ©nĂ©ral Ă©tant encore trop sauvage, je pouvais nĂ©anmoins te donner l’illusion de m’ĂȘtre indispensable.

« Dis-moi, petite, fis-je alors que tu Ă©tais dans un de tes sĂ©ances d’observation silencieuse, le visage grave et les sourcils froncĂ©s d’inquiĂ©tude, aurais-tu la gentillesse d’aller me chercher des plantes que j’ai oubliĂ©es ? Je ne peux pas m’arrĂȘter de les rĂ©duire en poudre maintenant. Â»

Ton large sourire confirma mes soupçons. Je te guidai vers un bocal contenant de la stevia. Comme la plupart de mes plantes mĂ©dicinales, je cultivais ces plants Ă  divers endroits dissĂ©minĂ©s dans la forĂȘt. Les animaux ne savaient rien de mes cultures et quelques enfants plus tĂ©mĂ©raires que les autres me volaient quelquefois des plantes. La prudence exigeait de ne pas toutes les conserver au mĂȘme endroit. Je gardais les plus dangereuses Ă  l’abri d’amas de ronces ou les cultivais Ă  proximitĂ© de la cabane.

J’ajoutais quelquefois la stevia pour mes jeunes malades, pour le plaisir du goĂ»t sucrĂ©. La plante n’était pas du tout utile Ă  ma prĂ©paration, que je destinais Ă  un vieillard pour une infection urinaire, mais Ă©tait sans danger et suffisamment peu courante pour te donner l’illusion de son efficacitĂ©. Il faudrait faire attention, toutefois : depuis que j’avais engagĂ© toutes mes ressources dans mon Ă©ducation, et qu’il m’en faudrait encore plus pour la tienne, je n’achetais plus de sucre et la stevia se faisait encore plus prĂ©cieuse.

« Merci, petite, tu m’as Ă©tĂ© d’un grand secours. C’est tellement difficile de faire ce travail seule, vois-tu, que j’aurai fort besoin d’une aide, surtout pendant l’hiver. Il y a si peu de lumiĂšre et tellement de malades, tellement de potions Ă  prĂ©parer, mais comment vais-je faire pour tenir la cabane au chaud ? Jamais je ne pourrai entretenir le feu alors que je suis si souvent appelĂ©e au village
 Comment vais-je faire ? Â», rĂ©pĂ©tai-je d’un ton dĂ©sespĂ©rĂ©.

« Je fais le feu, moi.

— Vraiment, ferais-tu cela pour moi ? Ce serait une lourde responsabilitĂ©, t’en crois-tu capable ?

— Oui, je te promets, il y aura un bon feu, tous les jours. Il fera chaud, les poules sera heureuses.

— Alors tu es un ange qui m’est tombĂ© du ciel pour me venir en aide. Je ne saurais comment te remercier, tant ce feu m’est nĂ©cessaire. Que veux-tu en Ă©change de cette grande responsabilitĂ© ? Â»

Comme tu secouais la tĂȘte, j’insistai et tu m’avouas ton grand rĂȘve : avoir un manteau bien chaud pour passer l’hiver. J’étais justement en train de te confectionner une Ă©paisse cape de laine bordĂ©e de la fourrure d’un renard que j’avais abattu pendant l’étĂ© alors qu’il tournait autour de mon poulailler. Je comptais te l’offrir pour la fĂȘte du solstice. Si les bons villageois fĂȘtaient la renaissance de leur dieu pour la NoĂ«l, les paĂŻennes que nous Ă©tions fĂȘtions le dĂ©but des jours plus longs : mĂȘme si le froid n’en Ă©tait qu’à ses dĂ©buts, le solstice marquait la pĂ©riode de l’espĂ©rance et de la foi en une nouvelle annĂ©e.

« C’est beaucoup, protestai-je pour ne pas gĂącher ma surprise, mais je puis te faire des moufles. Â»

Les moufles, je les avais déjà tricotées.

« Alors je fais du feu et tu fais des moufles. Â»

DĂšs le lendemain matin, alors que je me levais dans l’obscuritĂ© pour mes tĂąches matinales, je te trouvai blottie au coin du feu, endormie, les mains maculĂ©es de suie, des braises encore chaudes prouvant que tu t’étais levĂ©e au milieu de la nuit pour rallumer le feu. Je te soulevai doucement, passant tes bras encore malingres autour de mon cou, et te dĂ©posai dans mon fauteuil, oĂč tu te lovas en boule comme un chat, resserrant mon plaid autour de toi. Tu balbutias quelques paroles dans ton sommeil et un sourire bĂ©at se dessina sur ton visage.

C’est en vain que je tentai de rĂ©primer la bouffĂ©e de chaleur et d’amour qui m’envahit Ă  cet instant.

Au fil des jours, tu m’illuminas de ta bonne volontĂ© et de ta gentillesse. S’il t’arrivait encore frĂ©quemment d’ĂȘtre effrayĂ©e, ce qui n’était pas surprenant aprĂšs l’enfance traumatique que je t’imaginais, tu pris aussi de bonnes habitudes quant Ă  ton hygiĂšne et ton comportement. Peu Ă  peu, je constatai avec un mĂ©lange de fiertĂ© et d’amusement que tu cherchais Ă  devancer mes besoins en plantes. Tu observais mes mĂ©langes et essayais de deviner mes demandes. Tu fronçais tes sourcils d’incomprĂ©hension quand tu te trompais et affichais une expression satisfaite lorsque tu avais raison.

Tu parlais aux poules, aussi, leur racontant en secret ce que tu apprenais lorsque tu croyais que je n’écoutais pas. Quand elles te rĂ©pondaient d’un caquĂštement, tu poursuivais de plus belle, ajoutant de ta voix de carillon :

« Oui, c’est vrai, je dois bien parler, je dois faire attention, est-ce que tu dis que le feu commence Ă  ĂȘtre moins fort ? Mais non, tu as tort, regarde comme il y a des flammes belles ! La dame dit qu’elle me donnera des moufles belles pour la fĂȘte, et toi, est-ce que tu me donneras un Ɠuf beau ? Nous le mettrons dans le gruau, et je le partagera avec la dame parce qu’elle me donne toujours le gruau le plus bon. Peut-ĂȘtre que je ferai un cadeau moi aussi ? Oui, c’est vrai, elle a des sandales pas belles, je fabriquera des sandales belles et je lui donnera Ă  la fĂȘte. J’aime quand la dame est heureuse, ça fait tout chaud dans le ventre. Â»

En entendant ces paroles, je reniflai bruyamment avant de marmonner quelque chose et de m’enfuir hors de la cabane, Ă©mue aux larmes. C’est alors que je vis Laurent, l’épicier du village, se diriger vers moi. Je m’inquiĂ©tai aussitĂŽt : on ne venait me chercher que pour les urgences. Pour les maladies les plus courantes, les villageois me guettaient lors de ma tournĂ©e quotidienne.

« Qu’y a-t-il ?

— Je t’apporte ton paquet. Tu me rebats les oreilles avec ça tous les jours, alors j’ai pensĂ© que tu voudrais l’avoir de suite.

— Un paquet, dis-tu ? Â»

J’attendais surtout la rĂ©ponse du coven, mais je n’imaginais pas qu’ils m’enverraient
 Laurent sortit de sa besace un paquet soigneusement enveloppĂ© dans un morceau de cuir fin. Le sceau du coven, en cire bleue et composĂ© de trois triangles entrelacĂ©s, Ă©tait apposĂ© sur la ficelle d’ortie qui le fermait. Vu le format, je savais dĂ©jĂ  ce que le paquet contenait : le Code de la sorcellerie. Pas encore remise de ta bontĂ©, je ne pus retenir un sourire. Si elles m’envoyaient le Code, c’est qu’elles t’acceptaient comme apprentie, ce qui te donnait un statut, une existence et des droits.

« Une bonne nouvelle ?

— Merci d’avoir faire le trajet. Reste lĂ , je vais te donner quelque chose pour la peine. Â»

Je rangeai le paquet avec les autres cadeaux que j’avais prĂ©vus, le solstice Ă©tant prĂ©vu pour dans deux semaines. C’était une annĂ©e si spĂ©ciale que je pouvais bien offrir Ă  Laurent quelque chose de spĂ©cial. Ses services me seraient fort utiles Ă  l’avenir, si je devais nĂ©gocier tes besoins en plus des miens. Je sĂ©lectionnai un petit pot de miel pour les enfants et une boĂźte de graisse Ă  la rose pour sa femme. Pour Laurent, je choisis un petit sachet d’une plante Ă  fumer, lĂ©gĂšrement euphorisante, que je gardais habituellement pour apaiser les blessĂ©s avant de les opĂ©rer.

« C’est trop, protesta-t-il, furieux des services qu’il savait que je lui demanderais en Ă©change.

— C’est une tradition pour NoĂ«l, n’est-ce pas ? Pour ta femme et tes enfants. Ne leur dis pas d’oĂč ça vient, ils ne t’en aimeront que plus. Celui-ci, c’est pour ta pipe, mais jamais avant de travailler, cela pourrait te rendre tout chose.

— Et combien ces prĂ©sents vont-ils me coĂ»ter ?

— Rien. Ces cadeaux sont pour te remercier d’ĂȘtre un honnĂȘte homme qui me propose toujours d’honnĂȘtes Ă©changes. Je sais combien tu te dĂ©mĂšnes pour moi et je t’en suis sincĂšrement reconnaissante. Prends-les et ne changeons rien Ă  notre accord, veux-tu ? Â»

Alors qu’il s’en allait, il marmonna suffisamment fort pour que je l’entende :

« Ă‡a devait ĂȘtre une sacrĂ©ment bonne nouvelle, pour que la sorciĂšre en vienne Ă  faire des cadeaux
 Â»

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Chapitre 3

La question des poux me pesait. A quoi servait donc de te laver, de te vĂȘtir chaudement, de t’aimer et de t’éduquer, de te protĂ©ger et de te redonner confiance, si je n’étais pas capable d’éradiquer quelques nuisibles ? J’avais pourtant lu quelque chose lĂ -dessus, mais je n’arrivais pas Ă  me le remĂ©morer. C’était indigne d’une sorciĂšre ! me fustigeai-je. Je fermai les yeux quelques instants. J’avais nĂ©cessairement pris des notes ; je prenais toujours des notes. Je notais tout ce qui avait la moindre utilitĂ©.

OĂč avais-je pu ranger ces informations ? Si j’avais hĂ©ritĂ© de quelques livres de la vieille, ma bibliothĂšque mĂ©dicale se composait majoritairement de feuilles Ă©parses, que je cousais en recueils autour de diffĂ©rents thĂšmes. Rassembler toutes ces connaissances m’avait pris des annĂ©es et exigeait beaucoup de moi, mais je ne le regrettais pas, pas plus que je ne regrettais les rĂšgles que j’avais enfreintes : j’étais bien trop maligne pour me faire prendre.

Enrichir mes connaissances mĂ©dicales Ă©tait une gageure : si le coven s’enorgueillait de possĂ©der ces informations et de les transmettre, gĂ©nĂ©ration aprĂšs gĂ©nĂ©ration, tout Ă©tait fait pour que les sƓurs n’en sachent jamais plus que le Conseil. La connaissance Ă©tait un pouvoir qu’elles gardaient jalousement et faisaient payer trĂšs cher. Nous avions en effet la possibilitĂ© d’emprunter tout ouvrage que nous jugions nĂ©cessaire, et le coven nous envoyait rĂ©guliĂšrement une liste de nouvelles acquisitions, qu’il s’agisse de connaissances de l’Avant ou de recherches rĂ©cemment menĂ©es. Mais en pratique, chaque emprunt coĂ»tait si cher qu’il Ă©tait impossible d’emprunter plus de trois ouvrages par an, quand il nous en aurait fallu une vingtaine pour enrichir rĂ©ellement nos connaissances.

Avec des soeurs, nous avions donc montĂ© une affaire trĂšs prospĂšre : chacune de nous dĂ©cidait Ă  l’avance quels ouvrages elle emprunterait et communiquait sa liste aux autres. Une fois la question des doublons rĂ©solue, nous faisions tourner les ouvrages ou nos notes aux autres sƓurs. Ainsi, chacune de nous pouvait lire douze ouvrages et recopier les notes prises sur une trentaine d’autres.

Evidemment, cela demandait beaucoup de papier, d’encre et de plumes. LĂ  encore, je devais donner de mon temps et de mon ingĂ©niositĂ© pour les gagner. Le curĂ© du village pouvait s’en procurer Ă  loisir auprĂšs du diocĂšse. S’il rĂ©pugnait Ă  confier Ă  une femme, et encore plus Ă  une sorciĂšre, des outils utiles Ă  la connaissance, il Ă©tait suffisamment instruit pour connaĂźtre l’origine des maladies. J’avais donc profitĂ© de sa phobie, comprise depuis bien longtemps, pour lui proposer un troc avantageux pour nous deux : il me commanderait autant de papier, d’encre et de plumes que je lui en demanderais, pendant que je prĂ©parerais tous les corps des dĂ©funts morts de maladies.

Ce n’était pas dans mes attributions : les sorciĂšres n’étaient chargĂ©es que des condamnĂ©s Ă  mort et des surnumĂ©raires. Nous avions toutes nos propres cĂ©rĂ©monies pour les nĂ©s-en-trop : certaines les enveloppaient dans un linge blanc, d’autres avaient amĂ©nagĂ© un petit cimetiĂšre anonyme, d’autres encore les abandonnaient aux carnassiers pour faire disparaĂźtre ces enfants de la honte. La vieille les enterrait nus, si peu profond que les tombes Ă©taient souvent ouvertes par des animaux. Pour ma part, je les momifiais avec soin avant de les ranger dans des casiers amĂ©nagĂ©s dans la profondeur d’une grotte.

Pour finir, il y avait eu la question des bougies pour Ă©tudier, des ustensiles et des ingrĂ©dients des potions. Pour les bougies, j’avais instaurĂ© trĂšs tĂŽt un barĂšme de soins, payable uniquement en bougies. Il Ă©tait facile pour les villageois, qui pouvaient toucher de l’argent, de s’en procurer, et cela leur convenait mieux que le grain ou la volaille exigĂ©s par la vieille : ils pouvaient se passer de lumiĂšre, pas de nourriture. Pour le reste, j’avais dĂ©signĂ© plusieurs villageois comme fournisseurs : le forgeron ne pouvait me payer qu’en scalpels, couteaux, machettes, ou leur aiguisage rĂ©gulier ; l’épicier devait me fournir plantes, huiles essentielles et composants chimiques ; la tenanciĂšre du bar devait me procurer des fioles, des jarres et des bocaux de conserve.

AprĂšs plusieurs annĂ©es, mon organisation Ă©tait bien rodĂ©e. Je venais de finir un ouvrage fort intĂ©ressant sur les maladies de la peau, sur lequel j’avais pris des notes prĂ©cises et rĂ©alisĂ© de nombreux croquis. Ce n’était pas lĂ  que j’avais vu cette potion contre les poux, c’était dans les notes d’une sƓur
 des notes sur les principales maladies infantiles. Je les avais recopiĂ©es mĂȘme si je connaissais la plupart des symptĂŽmes, me faisant la rĂ©flexion que je pourrais les Ă©changer. J’avais donc dĂ» rassembler ces notes en un recueil unique. Je consultai les tranches des plus petits recueils et tombai rapidement sur celui que je cherchais.

La sƓur n’avait pas pris le soin d’organiser ses notes, d’établir un sommaire ou de numĂ©roter ses pages, comme je le faisais systĂ©matiquement. Il n’y avait pas non plus de croquis, de description ou d’annotation personnelle. Ça n’avait pas grande importance pour un sujet si commun, mais ça expliquait pourquoi mes notes Ă©taient aussi recherchĂ©es dans notre cercle informel : elles Ă©taient souvent aussi intĂ©ressantes que l’ouvrage lui-mĂȘme.

Maladies respiratoires : page 5
Maladies de digestion : page 12
Maladies de la peau : pages 21
Maladies de la croissance : page 32
Blessures ouvertes : page 40
Blessures avec fracture : page 66
Handicaps : page 71
ContrĂŽle des naissances, enfants surnumĂ©raires : page 95
Divers problĂšmes sans gravitĂ© : page 112

J’avais moi-mĂȘme ajoutĂ© les chapitres sur les blessures, le handicap et le contrĂŽle des naissances. Aucun recueil de notes n’avait de valeur s’il Ă©tait incomplet. Je commençai par consulter le chapitre sur les maladies de peau : allergies, rougeole, brĂ»lures
, avant de me pencher sur les « divers problĂšmes sans gravitĂ© Â». Le traitement par dĂ©faut Ă©tait, comme je le savais dĂ©jĂ , de raser la tĂȘte de l’enfant puis de le traiter au vinaigre pendant les premiĂšres semaines de la repousse. Je refusais cette solution : tu n’étais pas en Ă©tat de supporter une telle humiliation. Plus bas, il y avait des remarques sur d’autres solutions pour repousser poux et lentes.

Je souris : je tenais la solution. J’avais justement eu de l’épicier un flacon d’huile de lavande pure l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, qui nous avait valu une dispute : s’il soutenait qu’elle me serait fort utile, elle n’était pas dans les ingrĂ©dients dont j’avais le plus besoin. Ma colĂšre Ă©tait justifiĂ©e, avais-je pensĂ© lors de mon dernier inventaire : dix-huit mois plus tard, je n’avais toujours pas ouvert le flacon.

Cette huile me serait utile, finalement. PosĂ©e en grandes quantitĂ©s, peut-ĂȘtre mĂ©langĂ©e avec d’autres huiles et la tĂȘte serrĂ©e dans un turban, elle Ă©toufferait poux et lentes, repousserait les autres nuisibles et pourrait aussi servir de masque rĂ©gĂ©nĂ©rant pour tes cheveux et ta peau. Il faudrait laisser mariner tout cela un certain temps, d’aprĂšs les notes que j’avais sous les yeux, les lentes pouvaient Ă©clore jusqu’à 10 jours aprĂšs la ponte.

Je passai la moitiĂ© de l’aprĂšs-midi sur tes cheveux. D’abord, je les peignai longuement, les faisant sĂ©cher au coin du feu. MĂȘme assĂ©chĂ©s par le savon et les nƓuds, ils avaient une jolie couleur chocolat et bouclaient naturellement. Ensuite, je frottai ton cuir chevelu avec une bonne dose de vinaigre, ce qui fit dĂ©gorger de l’huile naturelle. Une fois les cheveux Ă  nouveau secs, j’appliquai un mĂ©lange d’huile de lavande, d’huile d’olive et de graisse de canard. Je frottai, peignai, frottai encore, puis entortillai tes cheveux sur eux-mĂȘmes et serrai ta tĂȘte dans des bandes de tissu.

Restait à déterminer combien de temps tu devrais étouffer là-dedans. Il me restait les deux tiers de mon mélange. Autant tout utiliser, puisque les enfants du village étaient tondus lors des épidémies de poux.

« Tu vas garder ce turban pendant cinq jours, fis-je en levant tous les doigts de la main, et on fera deux autres poses. Vois-tu combien de temps cela fera au total ? Â»

Tu levas les doigts d’une main, puis deux doigts de l’autre. Tu ne paraissais pas convaincue par toi-mĂȘme. Je secouai la tĂȘte.

« Montre-moi jusqu’à combien tu sais compter en touchant tes doigts.

— Un, deux, trois


— Quatre.

— Quatre, cinq.

— Et l’autre main ?

— Un, deux, trois, quatre, cinq.

— Non, regarde. Un, deux, trois, quatre cinq, fis-je en touchant les doigts de sa m main gauche. Six, sept, huit, neuf, dix, ajoutai-je en touchant les doigts de sa main droite. Toi, tu as neuf ans, ça fait ça de doigts, et je levai neuf doigts. Connais-tu ces nombres ?

— Non.

— Alors comment sais-tu quel Ăąge tu as ?

— Elle a dit : tu as neuf ans, tu manges trop, va chercher du travail ailleurs et reviens jamais.

— Qui t’a dit ça ?

— La dame chez qui je fabrique des sandales. Elle vend les sandales pour m’acheter Ă  manger, mais je coĂ»te trop cher parce que je ne fabrique pas assez de sandales. Â»

C’était donc pour cela qu’elle avait de si jolies sandales ! Elle se les Ă©tait tressĂ©es elle-mĂȘme. De ce que je savais de celles que je me tressais moi-mĂȘme, il fallait un jour ou deux pour une paire, et elles Ă©taient vendues six euros. Si bien tressĂ©es, on pouvait peut-ĂȘtre en tirer huit ou dix euros. C’était bien assez pour nourrir une enfant. A la ville, on croisait des marchands de sandales qui en fabriquaient deux ou trois paires par jour et qui pouvaient nourrir toute leur famille ainsi.

« Combien en fabriquais-tu ? Â»

Elle pinça les lĂšvres et fronça les sourcils. Je levai mes doigts les uns aprĂšs les autres, rĂ©pĂ©tant les chiffres jusqu’à dix.

« Sept sandales, mais je fabrique que les sandales pour les adultes, alors ça prend plus de temps. Pour moi, ça va vite, mais souvent, je suis trop fatiguĂ©e. Â»

Je ne pus me retenir et la serrai dans mes bras. Cette pauvre enfant avait Ă©tĂ© exploitĂ©e. Par sa mĂšre, peut-ĂȘtre, ou par quelque autre femme qui l’avait recueillie en sachant qu’elle n’avait aucun statut et aucun droit. Si elle se plaignait, elle irait renforcer les rangs des enfants-soldats, et le jour oĂč elle n’avait plus rapportĂ© assez, on l’avait chassĂ©e. Quand je la relĂąchai, elle semblait soucieuse.

« Qu’est-ce qu’il y a, petite ? Â»

Elle se mit à pleurer. Je ne comprenais pas pourquoi, mais je la serrai à nouveau dans mes bras et la berçai doucement jusqu’à ce qu’elle se calme.

« Je comprends que tu sois triste, fis-je au bout d’un moment, quand ses sanglots se calmĂšrent. Je comprends que tu sois en colĂšre, que tu aies peur, mais ici, tu auras autant Ă  manger que tu veux et je ne te ferai jamais de mal. Jamais. Je te traiterai bien. Je te le promets. Alors si tu veux, tu peux me faire part de ce qui te cause cette tristesse, pour qu’on trouve une solution ensemble. Â»

Je la tins devant moi, les yeux dans les yeux. Elle avait le visage souillĂ© de larmes. Je tirai de ma poche mon mouchoir et l’essuyai, puis le lui tendis pour qu’elle se mouche. Elle me regarda aussi dĂ©sarmĂ©e que lorsque je lui avais tendu le savon. Il faudrait donc tout lui apprendre.

« Pince tes lĂšvres et souffle fort avec le nez pour le dĂ©boucher. Tu positionnes le mouchoir comme ça et tu pinces tes narines avec tes doigts. Souffle avec le nez et quand ça bloque, tu desserres un peu les doigts. Je te montre, fis-je en tenant le mouchoir sur son nez. Souffle. Tu vois ? Recommence toute seule et quand tu respireras facilement du nez, tu me diras ce qui te rend si triste. Â»

Elle resta un long moment silencieuse. Je m’assis en tailleur Ă  cĂŽtĂ© d’elle et attendis. Je savais qu’il lui faudrait du temps, beaucoup de temps. Beaucoup d’amour et de sĂ©curitĂ©, pas seulement du gruau et des vĂȘtements chauds. Finalement, elle prit une grande inspiration et bĂ©gaya en cherchant Ă  parler trop vite :

« Tu as dit que tu me gardes mais je coĂ»te cher et je travaille pas vite. Et puis, je ne sais faire que des sandales et toi tu es une sorciĂšre et tu as dĂ©jĂ  des sandales et tu ne peux pas vendre d’autres sandales. Tu vas me chasser comme la dame et je sais pas oĂč je vais aller parce qu’il fait froid et que je suis un monstre. Â»

Une Ă©norme boule se forma dans ma gorge. C’était donc ça ! Mais comment lui faire croire que je ne lui demanderais rien en Ă©change ? Je lui avais donnĂ© dĂ©jĂ  tellement d’ordres et elle avait grandi dans l’idĂ©e que sa nourriture n’était pas gratuite.

« Tu as raison. VoilĂ  ce que je te propose : un autre travail. Celui-lĂ , je sais que tu pourras le faire correctement. Pour l’instant, ton travail sera de manger et de dormir, autant que tu peux. Ce ne sera pas simple et tu devras faire de gros efforts. Ensuite, quand tu n’arriveras plus Ă  dormir la journĂ©e, tu changeras de travail. Tu devras jouer et apprendre tout ce qu’un enfant normal sait Ă  ton Ăąge. Ce sera encore plus difficile.

» Quand tu seras prĂȘte, je t’apprendrai Ă  lire, Ă  Ă©crire et Ă  compter. Je t’apprendrai le nom des plantes, comment faire les potions, comment soigner des gens. Pendant tout ce temps, tant que tu es de bonne volontĂ© dans ton travail, tu mĂ©rites d’avoir de bons repas, un lit confortable oĂč dormir, des vĂȘtements chauds. Tu peux rire si tu es heureuse, pleurer si tu es triste, crier si tu es en colĂšre. Tu peux me parler de ce qui te tracasse pour qu’on trouve des solutions ensemble, te reposer si tu es fatiguĂ©e ou si tu es malade, aller et venir comme tu veux dĂšs qu’on aura l’accord du coven pour ça. Est-ce que ce travail te convient ? Â»

Tu rĂ©flĂ©chis longtemps, cherchant Ă  quel moment je pouvais te jeter dehors. Tu ne trouvas rien Ă  redire et acquiesças d’un signe de tĂȘte.

« Alors, tu me gardes ?

— Je te l’ai dĂ©jĂ  dit, petite. Oui, je te garde. Mange encore un peu et va dormir. Â»

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Chapitre 2

Une surnumĂ©raire. Je ne savais pas comment tu avais Ă©chappĂ© Ă  la sorciĂšre de ton secteur, mais tu Ă©tais lĂ . Aucune existence lĂ©gale, aucun avenir. Tu avais sans doute vĂ©cu cachĂ©e comme un secret honteux, Ă  peine nourrie, Ă  peine aimĂ©e, pas du tout Ă©duquĂ©e. Dieu seul savait pourquoi tu avais quittĂ© ton enfer initial pour cet autre, Ă  cette Ă©poque oĂč on ne pardonne pas plus Ă  une enfant d’ĂȘtre nĂ©e qu’à une adulte d’avoir choisi ce statut indigne.

Au moins, tu m’avais prouvĂ© que tu Ă©tais volontaire, que tu Ă©coutais les consignes et que tu savais oĂč Ă©tait ton intĂ©rĂȘt. Par l’entrebĂąillement de la porte, je te regardais dormir, ta longue tignasse Ă©mergeant des fourrures oĂč tu Ă©tais lovĂ©e, en boule, comme la chatte que j’avais autrefois recueillie et qui avait disparu. Tu semblais paisible, le sommeil lourd pour la premiĂšre fois depuis des semaines, au chaud, le ventre plein.

Une bouffĂ©e de chaleur m’envahit. Je la connaissais et je savais qu’il n’y a de pire ennemi que l’amour. L’amour d’une mĂšre, puis sa haine, Ă©tait la cause de tes tourments. J’allais te garder, plus parce que je ne pourrais me rĂ©soudre Ă  t’abandonner que parce que je te l’avais promis. Mes rĂ©serves alimentaires me le permettaient et j’apprĂ©cierai d’avoir de l’aide pour me plonger dans mes Ă©tudes. Ce serait des soucis, aussi. Il faudrait que je te mette en rĂšgle vis-Ă -vis du coven et du village, que je te remplume, que tu te sentes en sĂ©curitĂ©, que je t’apprenne Ă  manger avec un couteau et une fourchette. Ensuite, pendant les longues soirĂ©es d’hiver, le vrai travail commencerait : t’apprendre Ă  lire, Ă  Ă©crire, Ă  compter, les noms des plantes et leurs usages, les emplacements des os et des organes.

Pour avoir Ă©tĂ© Ă  ta place, je savais peu ou prou comment convaincre le coven de te garder. La vieille m’avait souvent racontĂ© ce qu’elle avait Ă©crit dans la courte lettre qu’elle leur avait adressĂ©e. L’idĂ©e Ă©tait de ne pas entrer dans les dĂ©tails afin qu’elles en tirent les conclusions qu’elles voulaient, tout en insistant sur l’urgence de la situation. Le plus difficile serait de garder le secret de ton inexistence jusqu’à ce que tu sois Ă  l’abri dans le cercle des sƓurs, fĂ»t-ce comme apprentie.

A prĂ©sent que tu Ă©tais sous ma garde, je devais te sauver la vie. La vie. S’il y a une chose que toutes les sorciĂšres connaissent, c’est sa valeur. Les vies qu’on sauve au dĂ©triment des autres, les vies qu’on prend pour sauver les autres. Comment avais-tu pu survivre ? ta gĂ©nitrice avait-elle accouchĂ© en cachette ? avait-elle rĂ©ussi Ă  cacher un autre enfant, nĂ© avant toi et ayant un statut ? Un jour peut-ĂȘtre, tu me raconterais. Peut-ĂȘtre que tu oublierais, que tu garderais la honte de ton passĂ© hors de nos vies. Moi, je n’avais jamais parlĂ© de mon histoire Ă  la vieille et elle n’avait pas posĂ© de question. Elle disait parfois : « Ne pose pas de question dont tu ne veuilles connaĂźtre la rĂ©ponse Â», et elle avait raison.

Dehors, le jour pointait. Je profitai de la lumiĂšre du matin pour sortir d’une caisse de paille mon nĂ©cessaire d’écriture. Suçotant le bout de ma plume en acier pour la rĂ©chauffer et l’humidifier, je rĂ©flĂ©chis. Que dire ? Le moins possible, l’urgence, une vĂ©ritĂ© partielle que personne ne pourrait contredire, mĂȘme si l’entiĂšre vĂ©ritĂ© s’éventait un jour.

Mes bien chùres sƓurs,

Je sollicite votre aide pour une situation grave. Comme moi autrefois, une enfant s’est prĂ©sentĂ©e Ă  ma porte, Ă  peine assez forte pour marcher. Elle est en Ă©tat de sous-nutrition et parle Ă  peine, probablement traumatisĂ©e par plusieurs mois de vie dans la nature. Je lui donne sept ou huit ans, mais elle est peut-ĂȘtre plus ĂągĂ©e. Je lui poserai davantage de questions quand elle sera en Ă©tat d’y rĂ©pondre, mais dans l’attente, pourriez-vous vous renseigner sur son compte ? et dans l’hypothĂšse oĂč personne ne la rĂ©clamerait, me dĂ©livrer pour elle une autorisation d’apprentissage ?

Avec ma sincÚre gratitude pour votre prompte réponse,

▜ Saint-Yvain-sur-Li

Je pliai soigneusement la feuille et la cachetai. De la cire ordinaire, puisque je n’avais plus de cire colorĂ©e et que je ne voyais pas l’utilitĂ© de m’en procurer, marquĂ©e du sceau spĂ©cifique des sorciĂšres : un triangle pointe en bas. On disait que ce signe portait malheur, mais pour moi, il protĂ©geait la correspondance.

Il faudrait que j’aille au village au plus vite pour faire suivre mon billet au coven. Tout dĂ©pendait d’elles, Ă  prĂ©sent : ta vie, ta libertĂ©, ton avenir. Ça ne devrait pas poser de problĂšme majeur : je me proposais de te garder, ce qui arrangerait leurs affaires, la crise de la vocation et la suppression Ă  la naissance des filles surnumĂ©raires. En attendant, tu ne pourrais pas quitter les abords immĂ©diats de la cabane. Une fois entrĂ©e dans le coven, tu aurais une existence. Tu n’aurais pas besoin de nom ou de filiation pour cela : les sorciĂšres, pour prix de leurs privilĂšges, vivaient en marge de la sociĂ©tĂ©. A prĂ©sent que tu avais quittĂ© la quiĂ©tude de ton foyer, ce serait ton cas, quoi qu’il arrive, et tu serais mieux avec moi qu’à servir de chair Ă  canon dans quelque inepte opĂ©ration de maintien de la paix.

Pendant que tu dormais, je pris des mesures pour t’accueillir plus dignement. Tu ne pouvais pas dormir avec moi, aussi utilisai-je le rĂ©duit qui me servit autrefois de chambre et qui, Ă©tant orientĂ© plein sud et proche de la cheminĂ©e, me servait de sĂ©choir Ă  plantes. Tu y serais au chaud. Il me fallut ranger les plantes prĂȘtes Ă  l’usage, accrocher plus prĂšs du plafond les autres, prĂ©parer une paillasse propre, brosser de vieilles fourrures, retrouver mes robes de laine d’adolescente, les raccourcir d’un ourlet.

L’odeur d’un Ă©pais gruau au lard te rĂ©veilla vers midi. Le ciel Ă©tait gris, il faisait froid. C’était la premiĂšre fois que je te voyais en pleine lumiĂšre, la premiĂšre fois que je faisais face Ă  ta crasse : ta peau sale, tes cheveux ternes et emmĂȘlĂ©s, des brindilles accrochĂ©es dans cette touffe, tes ongles noirs. Seules tes sandales d’herbes sĂ©chĂ©es Ă©taient en bon Ă©tat. Tu soufflais dans tes mains en regardant l’ñtre avec tes yeux brillants d’envie, ta simple chemise tombant sur ton corps maigre. Tu Ă©tais dans un piteux Ă©tat.

Je te servis un grand bol de mon Ă©pais gruau et t’ordonnai de le manger avec la cuillĂšre. Je te montrai le geste et, si tes gestes restaient hĂ©sitants, tu fis preuve d’une Ă©tonnante bonne volontĂ©, manifestement dĂ©sireuse de faire tout ce que je te dirais pour garder ta place chez moi. Pendant que tu mangeais, le gruau Ă©chauffant tes joues de plaisir, je mis mon plus grand chaudron dans l’ñtre pour y faire bouillir de l’eau. Je savais que tu ne te plaindrais pas si j’exigeais que tu te laves Ă  l’eau froide, mais un bain chaud serait plus agrĂ©able. Je prenais moi-mĂȘme un bain tous les dimanches, pendant que les villageois Ă©taient Ă  la messe.

Tu observais mes gestes pendant que je ramenais ma baignoire au milieu de la cuisine, installais une rigole jusqu’aux latrines et la remplissais d’eau, alternant des jarres d’eau chaude et d’eau froide et testant rĂ©guliĂšrement la tempĂ©rature avec la main pour en faire un bain confortable.

« Viens. EnlĂšve tes sandales et entre avec ta chemise. J’ai sorti des robes en laine pour toi, elles te tiendront chaud. Â»

Je t’aidai à monter dans la baignoire et te fis asseoir. Un sourire extatique se peignit sur ton visage.

« Est-ce la premiĂšre fois que tu prends un bain ?

— Oui.

— T’es-tu dĂ©jĂ  lavĂ©e ? Â»

Je te tendis un pain de savon et un linge un peu Ă©pais. Tu m’interrogeai du regard. Pauvre enfant, pensai-je avant de te guider.

« C’est du savon. Plonge ta tĂȘte sous l’eau pour mouiller tes cheveux. Maintenant, mets-toi debout. Frotte tout ton corps avec le savon. Tu peux en mettre sur le tissu, ça le lavera aussi. Les cheveux, maintenant. Frotte le crĂąne avec le bout des doigts, fais des ronds. Pour finir, le visage. Attention Ă  ne pas t’en mettre dans les yeux, ça brĂ»le. Assieds-toi doucement, puis plonge dans l’eau quand tu es prĂȘte. Il faudra te frotter sous l’eau pour que le savon parte. FĂ©licitations, c’est trĂšs bien. A prĂ©sent, recommence entiĂšrement, toute seule. Â»

Ta peau reprenait peu Ă  peu la couleur beige tendre des enfants, et tes cheveux faisaient un tas dans ton dos. Je rĂ©pugnais Ă  les couper courts, mais je ne pouvais pas brosser une telle tignasse. Je n’avais pas le choix. Lorsque je m’emparai de mes ciseaux, tu eus un mouvement de recul, un mouvement de pure terreur qui me glaça le cƓur. Que t’avait-on fait ? Doucement, je me plaçai Ă  cĂŽtĂ© de toi et tirai sur une mĂšche de mes propres cheveux. Un coup sec et la mĂšche me resta dans les doigts. Tu te dĂ©tendis un peu, mais sans me prĂ©senter tes cheveux pour autant.

« Adosse-toi Ă  la baignoire, je vais raccourcir tes cheveux. Jusqu’à cette longueur, prĂ©cisai-je en traçant une ligne du doigt le long de ses omoplates. Tu ne sentiras rien. Â»

Tu me regardas longuement de tes grands yeux noirs, comme pour jauger de ma sincĂ©ritĂ© et de la douleur qui t’attendait, puis tu fis ce que je demandais. Je donnai de grands coups de ciseaux. Si tu frĂ©mis la premiĂšre fois, tu te dĂ©tendis aprĂšs. Personne ne t’avait jamais coupĂ© les cheveux, j’ignorais mĂȘme si on te les avait dĂ©jĂ  brossĂ©s. Pendant cette opĂ©ration, j’auscultai ton cuir chevelu et y trouvai des poux. Dans d’autres circonstances, je t’aurais rasĂ© la tĂȘte, mais ton Ă©tat psychologique ne le permettait pas.

Pendant que tu te prĂ©lassais dans l’eau, je balayai les cheveux et rĂ©flĂ©chis Ă  la suite. Plus que ton Ă©tat de santĂ© ou ton manque d’éducation, les maltraitances que tu avais subies m’ulcĂ©raient. Il faudrait du temps, beaucoup de temps. Une chose Ă  la fois. Je te fis sortir de la baignoire, t’enveloppai dans un Ă©pais drap de coton et te fis enfiler l’une de mes chemises Ă  manches courtes et une robe de laine. Tu flottais dedans mais tu ressemblais Ă  n’importe quelle enfant sortant d’un bain. Propre et calme.

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Chapitre 1

Je me rĂ©veillai en sursaut, un goĂ»t de bile dans la bouche. Un vieux cauchemar revenait me hanter. Je touchai la large cicatrice sur mon avant-bras droit : autrefois brĂ»lante et purulente, elle s’était assainie grĂące aux bons soins de la vieille. J’ignorais pourquoi j’étais la seule survivante : la fumĂ©e aurait dĂ» me tuer comme les autres, mais je savais pourquoi j’avais atterri lĂ  : chassĂ©e Ă  coups de pierres parce que je portais malheur, j’avais suivi le chemin, marchĂ© des jours dans des dĂ©lires de fiĂšvre et m’étais rĂ©veillĂ©e, mes plaies entourĂ©es de bandages, dans le lit de la vieille. Elle n’avait pas posĂ© de questions et m’avait adoptĂ©e. Comme elle le disait parfois d’un ton bourru, il lui fallait une apprentie et j’étais assez vive et tenace pour apprendre.

Je chassai ces pensĂ©es, me replongeant dans le prĂ©sent bien rĂ©el. Quelque chose n’allait pas, quelque chose qui ne venait pas de mon lointain passĂ© mais de l’obscuritĂ©. Etais-je la cible d’un de ces groupuscules anti-sorcellerie ? Pour autant que je savais, ces groupes torturaient les sorciĂšres avant de les brĂ»ler vives, exactement comme l’Inquisition du Moyen Age. MalgrĂ© les arrestations et les procĂšs exemplaires qui avaient lieu, des sƓurs continuaient de mourir. Le froid m’étreignit lorsque je quittai la chaleur des fourrures. J’enfilai prestement ma lourde tunique de laine, mes mitaines, et glissai mes pieds dans mes sandales de fibres. Je serai plus Ă  l’aise que dans mes gros sabots et je n’avais pas assez de cuir pour salir mes chaussons d’intĂ©rieur.

J’entrouvris en silence les volets de ma chambre, laissant le froid humide de l’automne entrer, et tendis l’oreille. Il n’y avait que le silence, me rassurai-je, m’apprĂȘtant Ă  rire de cette terreur puĂ©rile, mais un bruit me fit sursauter et je dus plaquer ma main sur ma bouche pour ne pas hurler. Ce bruit, c’était le pas lĂ©ger de quelqu’un qui ne veut pas ĂȘtre entendu. La terreur s’insinua dans mon esprit comme un venin : en dehors d’un groupuscule, personne n’aurait eu intĂ©rĂȘt Ă  me surprendre. Au village, on reconnaissait mon savoir-faire, on me craignait autant qu’on me respectait. MĂȘme en cas d’urgence, on aurait frappĂ© Ă  la porte.

En deux pas, je rejoignis la machette accrochĂ©e au mur. J’en avais dans chaque piĂšce pour me prĂ©munir contre les renards et les chiens errants qui attaquaient mes poules et se montraient tĂ©mĂ©raires pendant l’hiver. J’en pris une autre, plus grande et rĂ©cemment affĂ»tĂ©e, dans le garde-manger, et sortis par la porte de derriĂšre, une machette dans chaque main, leurs sangles soigneusement attachĂ©es Ă  mes poignets, prĂȘte Ă  en dĂ©coudre. Peut-ĂȘtre qu’ils finiraient par me tuer, mais j’en emporterais autant que je pourrais avec moi.

Je contournai la cabane, les yeux Ă  prĂ©sent tout Ă  fait habituĂ©s Ă  la pĂ©nombre. J’avais passĂ© beaucoup de temps Ă  dĂ©gager les alentours pour y amĂ©nager mon jardin d’herboriste et me fĂ©licitai Ă  prĂ©sent de cette heureuse coĂŻncidence. J’avais moins peur et suivis les bruits de pas jusqu’au poulailler. Un endroit Ă©trange pour se cacher avant une attaque, mais je ne comprenais pas non plus cette haine anti-sorciĂšres. Il fallait ĂȘtre idiot pour mettre en danger toute une communautĂ© en la privant de mĂ©decin.

Dans le silence de la forĂȘt, jamais tout Ă  fait silencieux, ma respiration semblait rĂ©sonner et mes armes, tenues devant moi, reflĂ©taient une lueur bleutĂ©e. OĂč Ă©taient-ils ? allaient-ils me sauter Ă  la gorge, me ceinturer, tomber du ciel comme des archanges mortels ? Je secouai la tĂȘte. Je devais arrĂȘter de lire de la poĂ©sie Ă©pique avant de dormir, ça me faisait perdre la tĂȘte. Scrutant la pĂ©nombre, je cherchais des mouvements furtifs, des silhouettes. Ils Ă©taient lĂ , j’étais Ă  leur portĂ©e et l’attente, le silence, me nouaient les entrailles.

« Qui va lĂ  ? Montrez-vous ! Â»

Un faible cri, tout juste le couinement d’une souris, Ă©mana du poulailler. Je t’attrapai d’une main et te menaçai d’une machette de l’autre. Tu te dĂ©battis, feulant dans la nuit, mais tu Ă©tais trop faible pour lutter contre moi. Des annĂ©es d’une vie Ă  la dure, Ă  porter mon eau, couper mon bois, rĂ©colter ma nourriture, soigner des blessĂ©s, soulever des cadavres, accoucher des femmes, ça vous dĂ©veloppe une musculature nerveuse et sĂšche.

« Que fais-tu lĂ  ? RĂ©ponds, si tu ne veux pas que je te change en grenouille ! Â»

Au fond, peu m’importait. Tu me rappelais l’enfant sauvage que j’étais et je te traĂźnais Ă  l’intĂ©rieur, te jetant sur une chaise. LĂ , je ravivai le feu et soulevai le couvercle de la marmite qui y Ă©tait suspendue. L’odeur du ragoĂ»t encore tiĂšde d’avoir mijotĂ© toute la nuit, oĂč se mĂȘlaient les chĂątaignes, la chair tendre des lapins attrapĂ©s au collet, les herbes au goĂ»t Ă©picĂ©, quelques bons morceaux de lard, du bouillon de lĂ©gumes, et mĂȘme quelques oignons, envahit la piĂšce. Si j’en jugeais du peu que j’avais vu et de ton poids lorsque je te traĂźnais, tu avais besoin qu’on te remplume. Je sortis un bol et y mis juste assez de ragoĂ»t pour te dĂ©lier la langue, mais pas assez pour te rassasier.

« Mange, enfant, puis tu me diras ce que tu faisais dans mon poulailler. Tu ne cherchais pas des Ɠufs, les poules sont Ă  l’intĂ©rieur depuis la semaine derniĂšre. Â»

Tu n’eus pas besoin qu’on te le dise deux fois pour plonger les mains dans ton bol et engloutir son contenu sans t’inquiĂ©ter de te brĂ»ler les doigts. Dans mon esprit, les liens se faisaient : j’avais rentrĂ© les poules plus tĂŽt car elles pondaient moins dĂšs l’équinoxe, mais en te trouvant dans le poulailler, je comprenais Ă  prĂ©sent que tu me chapardais mes Ɠufs. En quelques instants, ta bouche dĂ©bordait de nourriture que tu avais du mal Ă  avaler. Je te tendis un autre bol, cette fois rempli de tisane de camomille froide. Tu avalas quelques gorgĂ©es et poussas ton bol Ă  ragoĂ»t vers moi, une expression effrontĂ©e affichĂ©e sur le visage.

« Tu rĂ©ponds, tu manges. Donc tu m’as volĂ© mes Ɠufs et tu venais en chercher d’autres quand je t’ai trouvĂ©. Qu’est-ce que je vais faire de toi ? Â»

A nouveau, tu déplaças ton bol de quelques millimÚtres en direction de la marmite.

« Quel Ăąge as-tu ? RĂ©ponds et je t’en donne. Ton Ăąge, enfant.

— Neuf ans. Â»

Une petite voix de crĂ©celle, un couinement de souris apeurĂ©e. J’en avais onze quand je suis arrivĂ©e ici et tu as pu survivre pendant des semaines, seule dans la forĂȘt. Environ six semaines, si j’en croyais ma rĂ©colte d’Ɠufs. Je remis du ragoĂ»t dans ton bol. Tu mangeas, moins pressĂ©e cette fois.

« Et tu es une fille. Â»

C’était une affirmation, mais tu acquiesças d’un signe de tĂȘte et poussas son bol vers moi avec ton air effrontĂ©. Je te servis encore.

« Depuis combien de temps vis-tu dans la forĂȘt ? Â»

Je te vis hĂ©siter. Pour une jeune illettrĂ©e affamĂ©e, le dĂ©compte de jours n’est pas aisĂ©. Le froid, la peur, la solitude et la faim t’avaient fait oublier le compte des jours, et tu te cachais depuis trop longtemps pour te prĂ©occuper d’autre chose que du prĂ©sent. Tu avais faim, pourtant, et j’avais Ă©tĂ© claire : tu rĂ©ponds, tu manges. Tu levas tes deux mains, repliant un pouce.

« Ă‡a de jours. Â»

Je haussai un sourcil dubitatif, et tu ajoutas deux doigts d’une main et trois de l’autre.

« Et ça aussi. Â»

Je pris tout mon temps pour remplir un bol entier de ragoĂ»t pendant que tu te trĂ©moussais sur ta chaise, ravie d’avoir enfin assez Ă  manger, mais au moment oĂč tu tendais les mains pour le prendre, je plongeai une grande cuillĂšre dedans et l’avalai, ignorant ton hoquet de colĂšre. Je n’avais pas l’intention de t’affamer, mais tu devais intĂ©grer cette leçon-lĂ  trĂšs tĂŽt, si tu voulais survivre Ă  mes cĂŽtĂ©s. Je ne pouvais pas me permettre de douter de toi, j’avais bien assez de sujets d’inquiĂ©tude.

« Ecoute-moi trĂšs attentivement, petite. Je sais que tu me mens et je dĂ©teste le mensonge. Je ne sais pas d’oĂč tu viens et je m’en moque. Si tu te plais ici, je veux bien te garder chez moi, au chaud, te donner Ă  manger tout ce que tu veux et bien te traiter, mais tu ne dois plus jamais me mentir. Jamais. Si tu ne connais pas la rĂ©ponse Ă  ma question, tu n’inventes pas. Si tu ne sais pas, tu dis que tu ne sais pas. Â»

J’avalai une autre bouchĂ©e du ragoĂ»t. Tu me regardais attentivement, buvant chacune de mes paroles. Etait-ce cela, ta vie avant de me trouver ? MĂȘme si tu ne parlais pas, je connaissais assez les turpitudes et les injustices de ce monde pour deviner beaucoup de choses sur toi.

« Recommençons. Depuis combien de temps vis-tu dans la forĂȘt ?

— Je sais pas. Â»

Je poussai le bol de ragoĂ»t vers toi, laissant la cuillĂšre dedans. Je voulais voir si tu savais t’en servir et je te vis picorer avec les doigts. A prĂ©sent, plus aucun doute n’était permis. Il n’y a qu’un genre d’enfant qui connait son Ăąge mais qui n’a jamais appris Ă  se servir d’une cuillĂšre : l’enfant qu’on cache parce qu’elle ne devrait pas exister.

« Tu n’es pas obligĂ©e de finir. La marmite est grande, il en restera tout Ă  l’heure. Il y a un lit et des fourrures lĂ -bas, va te reposer.

— Tu vas vraiment me garder ?

— Je vais te garder.

— Mais je suis
 Â»

Les mots se brisĂšrent dans ta bouche. Je savais dĂ©jĂ  ce qu’elle allait me dire, mais la confiance entre nous devait ĂȘtre absolue.

« Qu’es-tu ? Souviens-toi : pas de mensonge.

— Je suis une surnumĂ©raire.

— Sais-tu ce que ça signifie ?

— C’est comme un monstre.

— Qui t’a dit ça ?

— Les gens.

— Laisse-moi t’expliquer, alors. Il y a longtemps, il y a eu une guerre. Il y avait trop de monde sur terre, la nourriture manquait, l’eau Ă©tait polluĂ©e, l’air irrespirable, la terre stĂ©rile. Il y avait des incendies, ajoutai-je en soulevant ma manche, des famines, des tornades, des ouragans. Pour que l’humanitĂ© survive, tout le monde s’est mis d’accord pour ne plus augmenter la population. Il fallait dĂ©croĂźtre pour vivre mieux. Depuis, chaque personne a le droit d’avoir un enfant, un seul. Donc dans une famille de deux adultes, il y a deux enfants. Un surnumĂ©raire, ce n’est pas un monstre, c’est un enfant en trop. Â»

Elle resta silencieuse, comme si elle percevait pour la premiÚre fois la réalité de son inexistence.

« Va te coucher, petite, tu dois ĂȘtre Ă©puisĂ©e. Sois tranquille, je te l’ai dit : je vais te garder. Â»

#Campagne #Chapitre #Ecriture #Ecrivain #Enfance #ForĂȘt #Herboristerie #MĂ©decine #PostApocalyptique #Sorcellerie #SororitĂ© #Texte #Transmission

Tropical Fuck Storm // Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs @ Alter Schlachthof (Eupen)

22 juin 2026, 20:00:00 CEST - GMT+2 - Kulturzentrum Alter Schlachthof, 17 Rotenbergplatz (Eupen)

https://mobilizon.fr/events/cdc277f0-20ab-423c-8b65-9e399a65873b

Mon #vendredilecture avec Swan Song: La Glace et le Feu, deuxiÚme volume du dyptique de Robert McCammon qui se passe sept ans aprÚs les évÚnements du premier, initiés par une apocalypse nucléaire.

Le rythme est toujours aussi bon, "page-turner" d'enfer! Et cette couverture stylée pulp, j'adore! Je vois la cusiosité de certains dans les transports publics
😆

#PostApocalyptique #MonsieurToussaintLouverture #RobertMcCammon #SwanSong

Fallout : Prime Video transforme l’univers post-apocalyptique en compĂ©tition rĂ©elle

Prime Video poursuit l’expansion de l’univers Fallout en annonçant la commande d’une Ă©mission de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© compĂ©titive intitulĂ©e Fallout: Shelter. InspirĂ© directement de la cĂ©lĂšbre franchise vidĂ©oludique, ce programme non scĂ©narisĂ© plongera des candidats dans un bunker grandeur nature, oĂč stratĂ©gie, endurance et choix moraux dĂ©termineront l’accĂšs Ă  un important prix en espĂšces.

Une franchise culte qui franchit une nouvelle étape

Fallout, un univers déjà solidement installé

Depuis plusieurs dĂ©cennies, la licence Fallout s’est imposĂ©e comme une rĂ©fĂ©rence incontournable du jeu vidĂ©o, notamment grĂące Ă  son esthĂ©tique rĂ©tro-futuriste et Ă  sa vision singuliĂšre d’un monde post-apocalyptique. L’adaptation scĂ©narisĂ©e rĂ©cemment lancĂ©e par Prime Video a rencontrĂ© un succĂšs notable, confirmant l’attrait du public pour cet univers dystopique. Fort de cette rĂ©ception positive, Amazon poursuit son investissement dans la marque en explorant un nouveau format.

L’arrivĂ©e d’un programme non scĂ©narisĂ©

Avec Fallout: Shelter, Prime Video opte pour une dĂ©clinaison inattendue : une compĂ©tition de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© immersive. L’objectif est clair : transposer les mĂ©caniques et l’atmosphĂšre du jeu dans un cadre rĂ©el, en proposant une expĂ©rience inspirĂ©e directement des cĂ©lĂšbres abris Vault-Tec. Cette dĂ©cision marque une Ă©volution stratĂ©gique dans l’exploitation des licences vidĂ©oludiques Ă  la tĂ©lĂ©vision.

Une immersion totale dans un bunker Vault-Tec

Un concept basé sur la survie et la stratégie

Le programme, composĂ© de dix Ă©pisodes, rĂ©unira un groupe de candidats issus d’horizons variĂ©s, enfermĂ©s dans un bunker conçu pour rĂ©sister Ă  une apocalypse fictive. Les participants devront affronter une sĂ©rie d’épreuves physiques de grande ampleur, mais Ă©galement faire face Ă  des dilemmes stratĂ©giques et moraux, Ă©lĂ©ments centraux de l’ADN de Fallout. Chaque dĂ©cision pourra influencer leur progression, leur sĂ©curitĂ© et leur accĂšs aux ressources.

Un jeu d’équilibre entre coopĂ©ration et rivalitĂ©

La mĂ©canique du jeu repose autant sur l’intelligence collective que sur les choix individuels. Les candidats devront collaborer pour assurer la survie du groupe tout en gardant Ă  l’esprit qu’un seul objectif final demeure : remporter la rĂ©compense financiĂšre promise au vainqueur. Cette tension permanente entre entraide et compĂ©tition devrait constituer l’un des moteurs narratifs majeurs de l’émission.

Une production portée par des experts du genre

Des producteurs reconnus à la manƓuvre

La production de Fallout: Shelter est confiĂ©e Ă  Studio Lambert, sociĂ©tĂ© rĂ©putĂ©e pour des formats Ă  succĂšs tels que The Traitors ou Undercover Boss. À leurs cĂŽtĂ©s, Kilter Films, dirigĂ©e par Jonathan Nolan et Lisa Joy, dĂ©jĂ  impliquĂ©e dans la sĂ©rie scĂ©narisĂ©e Fallout, apporte une continuitĂ© crĂ©ative essentielle au respect de l’univers original.

L’implication directe de Bethesda

Bethesda Game Studios, crĂ©ateur historique de la franchise, participe activement au projet. Todd Howard, figure emblĂ©matique du studio, fait partie des producteurs exĂ©cutifs, garantissant une fidĂ©litĂ© au matĂ©riau d’origine. Cette collaboration Ă©troite tĂ©moigne de la volontĂ© de Prime Video de prĂ©server l’identitĂ© de Fallout, mĂȘme dans un format de divertissement non scĂ©narisĂ©.

Une stratĂ©gie d’expansion cohĂ©rente pour Prime Video

Fallout comme pilier de contenu

L’annonce de Fallout: Shelter s’inscrit dans une stratĂ©gie plus large de dĂ©veloppement de franchises fortes au sein du catalogue Prime Video. En combinant sĂ©rie scĂ©narisĂ©e, Ă©mission de compĂ©tition et jeux existants comme Fallout: Shelter sur mobile, Amazon bĂątit un Ă©cosystĂšme complet autour de la licence, capable de toucher diffĂ©rents publics.

Une tendance forte dans l’industrie du divertissement

Ce projet illustre Ă©galement une tendance croissante : l’adaptation d’univers fictifs en expĂ©riences de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© immersives. AprĂšs le succĂšs de formats inspirĂ©s de grandes franchises, Prime Video cherche Ă  capitaliser sur l’engagement Ă©motionnel des fans, en leur proposant une immersion inĂ©dite, cette fois sans scĂ©nario préétabli.

Un casting ouvert et une expérience unique à vivre

Appel à candidatures lancé

Le casting est actuellement ouvert, permettant Ă  des volontaires de tenter leur chance pour intĂ©grer cette simulation grandeur nature. Les candidats sĂ©lectionnĂ©s auront l’opportunitĂ© de vivre une expĂ©rience hors norme, mĂȘlant jeu, survie et mise Ă  l’épreuve psychologique, dans un dĂ©cor fidĂšle Ă  l’esthĂ©tique Fallout.

Une promesse de spectacle et de tension

En réunissant immersion totale, défis spectaculaires et enjeux financiers, Fallout: Shelter ambitionne de proposer un divertissement intense, capable de séduire à la fois les fans de la franchise et les amateurs de compétitions télévisées. Le programme promet de repousser les limites du genre en brouillant la frontiÚre entre fiction et réalité.

Avec Fallout: Shelter, Prime Video poursuit l’exploitation ambitieuse de l’univers Fallout en l’adaptant Ă  un format de compĂ©tition immersive. En s’appuyant sur des producteurs expĂ©rimentĂ©s et l’expertise de Bethesda, la plateforme entend proposer une expĂ©rience inĂ©dite, fidĂšle Ă  l’esprit du jeu. Une nouvelle Ă©tape qui confirme la place centrale des grandes licences dans le paysage audiovisuel contemporain.

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Mon #vendredilecture avec Swan Song Volume 1: Le feu et la glace, de Robert McCammon.

Des bouquins peuvent vous questionner, vous émouvoir, vous déranger, etc, etc...

Pour celui-ci, je ne dirais qu'une chose: C'est super!

Et en nota bene: Je suis tombé en amour des éditions Monsieur Toussaint Louverture. La ligne éditoriale, le graphisme, la finition..

#SwanSon #RobertMcCammon #MonsieurToussaintLouverture #POstApocalyptique
Mon #vendredilecture avec, comme prévu finalement, Swan Song: Le feu et la glace (tome 1), de Robert McCammon - Editions Monsieur Toussaint Louverture

J’aime bien la couverture, trùs "pulp" en effet!

#SwanSong #RobertMcCammon #PostApocalyptique