Ross Macdonald, Le sang aux tempes
Pour ce dernier opus de la sĂ©rie du dĂ©tective Lew Archer, nous sommes toujours en Californie, dans cette ville inventĂ©e de Santa Teresa qui ressemble tant Ă Santa Barbara. Comme dâhabitude, tout commence par un Ă©vĂ©nement chez un riche propriĂ©taire de la station balnĂ©aire, Jack Biemeyer enrichi dans la mine de cuivre dâArizona. Un tableau dâun peintre jadis cĂ©lĂšbre, Richard Chantry, a disparu de son salon et lui, mais surtout sa femme, veut le rĂ©cupĂ©rer. Lui parce quâil a une valeur en dollars, la seule chose qui lâintĂ©resse, elle parce quâil a une valeur sentimentale. Il reprĂ©sente une belle femme que tous les deux ont connue, lui parce quâil a couchĂ© avec elle, elle parce quâelle en a sans cesse Ă©tĂ© jalouse, et encore aujourdâhui.
Commence alors une enquĂȘte compliquĂ©e, impliquant des secrets de famille, des faux noms et de fausses disparitions, en plus de quelques meurtres. Richard avait un demi-frĂšre, William, qui a Ă©tĂ© tuĂ© dans le dĂ©sert en Arizona alors quâil revenait en permission durant la guerre. On ne sait pas par qui, ni pourquoi. Toujours est-il que Richard a quittĂ© brusquement lâArizona pour venir se fixer Ă Santa Teresa et vivre avec son Ă©pouse Francine. Un beau jour, il y a vingt-cinq ans, il a brusquement disparu, laissant une lettre tapĂ©e Ă la machine dĂ©clarant quâil lui fallait se ressourcer et commencer une nouvelle vie dâartiste. Sa femme nâa plus eu aucune nouvelle de lui depuis.
Le tableau disparu, peut-ĂȘtre volĂ© ou seulement « empruntĂ© », lui est attribuĂ©, mais les experts ont des doutes. Câest bien sa patte, mais pas celle qui a fait son succĂšs. Quant au modĂšle, il est toujours vivant mĂȘme si la femme a dĂ©sormais lâĂąge canonique des 70 ans. La fille Biemeyer, en bisbille avec ses parents qui ne cessent de sâengueuler depuis son plus jeune Ăąge, a fuguĂ© avec un Ă©tudiant en Beaux-Arts de lâuniversitĂ©, Fred Johnson, qui habite avec ses parents dans une baraque dĂ©labrĂ©e. Ce sont deux malheureux des familles, elle objet transactionnel entre deux egos qui sâinvectivaient Ă poil alors quâelle Ă©tait entre eux sur le lit Ă 5 ans, lui faux peintre, expert ratĂ©, Ă©ternel Ă©tudiant, Ă©cartelĂ© entre son pĂšre irascible et sa mĂšre infirmiĂšre autoritaire Ă lâhĂŽpital.
Lew Archer va sâefforcer, comme dâhabitude, dâinterroger tous les tĂ©moins afin de les recouper et de se forger sa thĂ©orie. Laquelle aboutira Ă lâultime fin â qui traĂźne un peu â par une sĂ©rie de rĂ©vĂ©lations et un retournement final du plus bel effet.
La sociĂ©tĂ© californienne des annĂ©es 60 Ă©tait vide sous les apparences. La plage, les palmiers, le fric, les belles maisons, cachaient des veuleries et des abandons que lâauteur se dĂ©lecte de mettre au grand jour, soulevant les galets oĂč les cafards se cachent. Nous sommes chez les Atrides et le petit meurtre en famille fait partie de la panoplie des self-made men qui se croient tout permis parce quâils ont socialement rĂ©ussi.
Ross Macdonald, Le sang aux tempes (The Blue Hammer), 1976, 10-18 Grands dĂ©tectives 1994, 415 pages, âŹ3,17
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