LA PLAINTE (Karoline von Günderode)

     LA PLAINTE Quand on a ressenti la plus profonde Des blessures dans son esprit et ses sens, La douleur de la séparation amère ; Quand on a aime ce qu'on a perdu, Et doit quitter ce qu'on a élu, Le cœur aimé, On comprend dans la joie les larmes Et l'éternel désir d'amour, D'être un en deux, De se trouver dans l'autre et tant uni à lui, Que s'enfuient les frontières de la dualité Et la peine de l'existence Quand on a pu ainsi gagner d'amour un être Si […]

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LE JUSTE MILIEU REFUSÉ EN AMOUR (Thomas Caren)

Illustration: Gustav Klimt      LE JUSTE MILIEU REFUSÉ EN AMOUR Donne-moi plus d'amour ou bien plus de dédain ; Zone torride ou zone gelée À ma souffrance apporte un même allégement ; La tempérée ne m'en donne aucun : Chaque extrême, ou d'amour ou de haine, M'est plus doux qu'un état tranquille. Donne-moi donc une tempête ; si c'est d'amour, Comme Danae sous cette pluie d'or Je nagerai dans le plaisir ; et si l'orage Est de dédain, le flot engloutira Mon espoir, […]

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Fort peu me chaut (Thomas Campion)

Illustration: William Bouguereau      Fort peu me chaut la dame à flatter, à prier. Je veux Amaryllis, joueuse fille des champs. De l'art Nature a mépris ; elle est beauté vraie, Celle qui, dans nos jeux d'amoureux, dit « Arrête! » Mais qui, au temps du plaisir, jamais ne dit non. Si je l'aime, Amaryllis fruits et fleurs me donne ; Mais pour aimer ces dames, il faut des pluies d'or. À elles l'amour vénal ; à moi la brunette, Celle qui, dans nos jeux d'amoureux, dit « […]

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ARBASTO [CHANSON DE DORALICE] (Robert Green)

     ARBASTO [CHANSON DE DORALICE] Avec le temps, gouttes d'argent Creusent les solides rochers ; L'escargot lent, avec le temps, Grimpe tout la-haut en rampant. Un faible souffle, avec le temps, Peut abattre le plus haut pin ; Avec le temps, le cour altier Cède au doux appel de Vénus Là où le gel mordait naguère, Un feu s'allume maintenant ; Là où dédain engendrait haine, Le désir maintenant s'éveille. Le temps donne chance à l'espoir ; Quel souci que le temps […]

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Me quitteras-tu donc ainsi ? (Sir Thomas Wyatt)

Illustration      Me quitteras-tu donc ainsi ? Dis non, dis non : ce serait honte; Garde-toi d'être blâmée Pour tout mon chagrin, ma douleur ! Me quitteras-tu donc ainsi ? Dis non, dis non ! Me quitteras-tu donc ainsi, Moi qui t'ai si longtemps aimée Dans la fortune et l'infortune ? Auras-tu le coeur assez dur Pour m'abandonner ainsi ? Dis non, dis non ! Me quitteras-tu donc ainsi, Moi qui t'ai donné mon cœur Pour ne jamais nous séparer, Si mordante soit la […]

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TROÏLUS ET CRISEYDE (Geoffrey Chaucer)

     TROÏLUS ET CRISEYDE LIVRE I « S'il n'est point d'amour, mon Dieu, qu'ai-je donc ? Et si l'amour existe, quel est son être ? S'il est bienfaisant, d'où vient mon souci ? S'il fait du mal, je ne vois pas pourquoi Tous les tourments et malheurs qu'il me cause Semblent me donner un plaisir certain. Ma soif s'accroît à mesure que je bois. Si c'est mon propre désir qui me brûle, D'où vient que je pleure et pousse des plaintes ? Si j'aime la douleur, pourquoi me […]

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DOUTE (Eqbâl)

     DOUTE De la liqueur qui fait que des tulipes s'ouvrent en moi, donne à boire, échanson, fais-moi voler poussière aux brises du printemps. Je suis fétu, je me déplace au moindre souffle d'air; mon cœur gémit de doute, accorde-moi la certitude Mon âme est traversée de désirs, étincelles qui sont et ne sont pas : fais régner dans ma nuit la paix d'un astre fixe. Tu m'as mis en main un pinceau qui peut tracer des figures royales : m'ayant fait peintre, donne-moi la […]

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LE POÈTE (Eqbâl)

     LE POÈTE La beauté crée le printemps du désir, et sa présence en est la providence. Elle rayonne du cœur du poète : c'est le mont Sinaï de son épiphanie. Le regard du poète est la magie qui fait le beau plus beau et la nature plus aimée. Son souffle enseigne au rossignol le chant, son art rehausse le teint de la rose. Sa brûlure est au cœur des papillons et donne leur pouvoir aux charmes de l'amour. Des mers, des continents sont cachés dans son être et son […]

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LE CŒUR USÉ (Khosrovi)

Illustration: Oleg Zhivetin      LE CŒUR USÉ Tu t'imagines que nulle ne me recherche, et qu'il n'est par la ville pas d'autre objet aimable. Tu t'imagines, ma toute belle, ma charmante, qu'il n'est d'autre belle que toi. J'en connais des milliers qui sont bien tes égales, mais, hélas! je n'ai plus le pouvoir de choisir. Je t'ai donné un cœur : il était, tu l'as vu, intact et fait de bonne étoffe, Et tu me l'as rendu usé, râpé, haillon où l'on ne reconnaît la […]

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LE MIRAGE (Abou Chakour)

     LE MIRAGE Dans le désert aux yeux de l'assoiffé le soleil éclatant donne aux sables salins l'apparence de l'eau. Dans son espoir le malheureux aura beau se hâter, il ne trouvera nul ruisseau. La teinte noire n'est pas toujours celle du musc; mais c'est aussi celle de la fumée. (Abou Chakour) Recueil: Anthologie de la poésie persane (XIè - XXè siècle) Traduction: G. Lazard, R. Lescot, H. Massé Editions: Gallimard

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