LFI a dressé l'estrade là, exprès, pour les symboles : entre une mairie de la Nouvelle France conquise de haute lutte et la nécropole des anciens rois de France. Car c'est là, derrière l'estrade, qu'ils reposent. Enfin, qu'ils reposaient. Pendant la Révolution, on les a tirés de leurs tombeaux et précipités pêle-mêle dans une fosse. Henri, Dagobert, Louis, quelques dames en crinoline, des inconnus, tous rendus égaux sous quelques pelletées de chaux vive. Démocratie posthume.
Et c'est devant cet ossuaire que le tribun a parlé, et bien parlé, d'avenir. Il croit à la «force des lieux». Ce n'est pas une posture de candidat : c'est l'intuition que la souveraineté populaire a besoin de lieux, de pierres, de sol, de cimetières même. De cette matérialité d'êtres humains que ses adversaires, les Bardella, Attal, Philippe, Retailleau, Glucksmann et toute la clique néolibérale, s'emploient à dissoudre dans le flux abstrait du capital.
Avant son discours, deux écrivains sont montés sur l'estrade. Un prix Nobel, Annie #Ernaux. Un prix Goncourt, Éric #Vuillard. Deux noms qu'on traduit dans le monde entier, deux signatures qu'on enseignera encore quand beaucoup d'autres auront rejoint les boîtes des bouquinistes. Que l'authentique République des lettres choisisse le camp des dominés plutôt que les ors médiatiques de Bolloré, voilà qui réarme une gauche intellectuelle depuis trop longtemps tétanisée par sa petite respectabilité défraîchie.
Avec la culture des réseaux, des influenceurs et des youtubeurs, Mélenchon a aussi, et surtout, la Littérature pour lui. Il sait citer Booba et Hugo dans la même phrase, mêler le slam au vers classique, la rime des cités à l'alexandrin. Ses adversaires, eux, n'ont que des éléments de langage taillés pour les médias de l'officialité. D'un côté la culture qui vit et demeure dans l'Histoire; de l'autre, celle qui s'efface instantanément en clignotant sur les écrans.
Et puis il y a eu le maire de Saint-Denis, ici, chez lui. L'insoumis Bally #Bagayoko (@BallyBagayoko), élu au premier tour en mars dernier. Fils d'ouvrier malien. Il y a peu, il a décroché le portrait du président Macron et l'a retourné contre le mur, comme un enfant puni mis au coin. Pas une provocation gratuite : un geste naturel et sain, un acte de désacralisation. Sur du papier à en-tête de la République, le préfet s'en est ému tout rouge, exigeant qu'on raccroche la photo bien droite. De nos jours, le pouvoir s'effraie vite de l'ironie de la nouvelle France, celle des quartiers populaires, de l'immigration et de la jeunesse. Plutôt que de corriger les inégalités qui rongent le département le plus jeune et le plus pauvre de France, il hésite entre lui envoyer les CRS et lui couper les subventions.
Pendant ce temps, sous la chaux vive, les vieux rois de France ont compté les têtes. Ils en avaient vu défiler, des foules, mais jamais autant pour une autre couronne que la leur. C'est à ces petits signes, parfois, qu'on devine la fin d'un ancien régime et la naissance, peut-être, d'une nouvelle République.









