🧵 Peine de mort aux US, Tony Carruthers
Traduction du témoignage de l’avocate de Tony Carruthers, Maria DeLiberato, suite
Des agents pénitentiaires m’ont accueillie dans le hall de la prison et m’ont conduite jusqu’à la cellule de M. Carruthers. Ce dernier était assis sur sa couchette, enveloppé dans son châle de prière. À trois, les gardiens l’ont soulevé pour l’installer sur un brancard, tandis que ses mains menottées restaient jointes en prière. Ils ont ensuite poussé le brancard de M. Carruthers jusqu’à la chambre d’exécution.
À l’intérieur, j’ai commencé à prendre frénétiquement des notes. Le Tennessee interdit aux journalistes d’assister à la mise en place de la perfusion intraveineuse, la première étape majeure du protocole d’injection létale. J’ai noté l’heure à laquelle nous sommes entrés dans la chambre. Après environ sept minutes passées à chercher une veine, ils ont réussi à lui poser une intraveineuse dans le bras droit. Puis, conformément au protocole, ils ont également tenté de lui poser une intraveineuse dans le bras gauche. Cela a échoué, ils sont donc passés à sa main gauche, le piquant à plusieurs reprises. Changeant d’aiguilles à plusieurs reprises, les bourreaux communiquaient principalement par des regards tendus et des hochements de tête. Les aiguilles usagées tombaient une à une dans un petit récipient en plastique.
Ting. Ting. Ting.
Au bout d’environ 30 minutes, un médecin est entré et a commencé à diriger des efforts de plus en plus désespérés pour trouver une veine chez M. Carruthers. Il a demandé aux bourreaux d’enlever les chaussettes de M. Carruthers et de chercher des veines dans ses pieds. Ils lui ont enfoncé au moins une aiguille dans le pied. Il a grimacé, visiblement en proie à la douleur. Comme cela ne fonctionnait pas, le médecin a demandé si quelqu’un dans la salle savait comment accéder à la veine jugulaire de M. Carruthers.
Le médecin a alors décidé de tenter de poser un cathéter central. Il s’agit d’une procédure invasive qui nécessite une ponction au niveau du cou, de la poitrine ou de l’aine. J’ai immédiatement fait part de mon objection au directeur de la prison. Le médecin a admis dans une déposition l’année dernière qu’il n’en avait pas pratiquée depuis plus de dix ans et qu’il n’avait l’autorisation de le faire dans aucun hôpital du pays. Mon objection n’a rien changé.
Ce moment a révélé quelque chose de profondément troublant concernant le fonctionnement des exécutions aux États-Unis. Les États qui pratiquent encore l’exécution insistent sur le fait que celles-ci sont contrôlées, humaines et médicalement précises. Pourtant, un nombre important d’exécutions ont mal tourné au cours de la dernière décennie, causant d’atroces souffrances aux prisonniers à travers le pays.
Lorsque j’ai vu le processus se dérouler sous mes yeux, il m’est apparu clairement que l’impératif primordial n’était pas la compétence, ni même l’apparence de professionnalisme. C’était l’achèvement.
Les bourreaux ont enveloppé M. Carruthers dans un drap chirurgical bleu muni d’une ouverture pour son visage. Le médecin lui a injecté de la lidocaïne dans la poitrine et lui a dit qu’il ressentirait une piqûre d’abeille. Avant de le faire, il a demandé si « le patient » était allergique au médicament. Il a désigné M. Carruthers comme le patient, comme si cette pièce était destinée à soigner.
L’injection létale repose sur un langage clinique et soigneusement aseptisé, destiné à créer une distance émotionnelle. L’État dissimule le meurtre sous le vocabulaire de la médecine, car reconnaître la réalité telle qu’elle est nous obligerait à affronter ce que sont véritablement les exécutions : des actes de violence délibérée commis au nom de la justice.
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